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Les Bassins des Aghlabides

  • Nom : Les Bassins des Aghlabides
  • Lieu : Kairouan, Tunisie
  • Date/période de construction : 246-248 H./860-862
  • Matériaux de construction : Moellons, mortier fait de chaux hydraulique mélangée à des tuileaux de brique
  • Destinataire/mandataire : Le prince aghlabide Abû Ibrâhîm Ahmad ibn al-Aghlab
  • Dimensions : Grand bassin : D. 127,7 m ; petit bassin : D. 34 m

Les Bassins des Aghlabides se trouvaient, ainsi qu’une quinzaine d’autres, à l’extérieur des murailles de la ville de Kairouan, au devant de la porte de Tunis, du côté nord. Contrairement aux autres grandes villes de l’époque qui disposaient de rivières ou de sources abondantes, Kairouan avait un souci permanent pour s’approvisionner en eau potable. L’ingéniosité des hydrauliciens kairouanais a pu résoudre le problème en partie, en construisant plusieurs installations dont les plus importantes sont des bassins.

Réalisés sous le règne du prince Abû Ibrâhîm Ahmad en 862, par son affranchi Khalaf al-Fata qui supervisa les travaux, ces réservoirs couvrent une superficie de 11000 m² et peuvent contenir jusqu’à 53000 m³ d’eau. Les Bassins des Aghlabides sont composés d’un petit bassin de décantation, d’un grand bassin d’emmagasinage et de deux citernes de puisage. Le petit bassin, nommé Al Fisqiya, (le réservoir), est de forme polygonale à 17 côtés et non  circulaire comme l’affirme le géographe andalou Al-Bakrî (m. 1094). L’eau se décante dans le petit bassin, se débarrasse de ses impuretés et, en arrivant à un certain niveau, passe dans le grand bassin par l’intermédiaire d’une ouverture appelée Essarh (la décharge). Le grand bassin, de forme polygonale, a une profondeur de 4,8 m. Au milieu de ce bassin s’élève un pilier polylobé qui était jadis surmonté d’une coupole qui servait de lieu de plaisance. Les deux bassins sont épaulés, à l’intérieur comme à l’extérieur, par des contreforts arrondis en moellons. On décompte 64 contreforts intérieurs et 118 extérieurs pour le grand bassin et 17 intérieurs et 26 extérieurs pour le petit bassin. Les citernes, en liaison avec le grand bassin du côté sud, sont couvertes de voûtes en berceau, soutenues par des arcs portés sur des piliers.

À l’origine, les bassins étaient essentiellement alimentés au moment des crues par des affluents de l’oued Marguellil, grâce à un système de drainage formé de canalisations et de petits barrages. Plus tard, sous le règne du calife fâtimide al-Mu’izz, en 961, on édifia un aqueduc qui approvisionnait les bassins en eau potable provenant de la Chréchira, située à 40 km, à l’ouest de Kairouan.

Ce monument, fascinant par ses grandes dimensions, allie subtilement esthétique et utilité. En effet, son rôle important dans la lutte des Kairouanais contre la soif et la sécheresse n’a pas empêché ses ingénieurs d’exprimer un art à la fois majestueux et sobre.

Le principe de la récupération des eaux de pluie dans des citernes et des bassins couverts a été déjà utilisé en Syrie, dans la région de Humayma et le long de la route de pèlerinage : ainsi, la princesse Zubayda, femme du calife Hârûn al-Rashîd (r. 786-809), fit-elle construire une conduite longue de dix lieues pour acheminer de l’eau vers La Mecque, lors d’une sécheresse sévère.

Le mérite de l’Ifrîqiya est d’avoir développé ce système en édifiant des installations hydrauliques impressionnantes, uniques  dans le  monde méditerranéen. Le prototype des Bassins des Aghlabides se répandit partout en Ifrîqiya, sur une aire géographique allant depuis Tunis au nord jusqu'à Gafsa au sud. Il prit des formes variées. Le plus réputé est le bassin du palais al-Bahr à Raqqada. De forme rectangulaire, il fut édifié en 905 par le prince aghlabide Ziyâdat Allâh III. Ce système de collecte des eaux de pluie s'est maintenu en Tunisie jusqu'à l'époque contemporaine. De l'Ifrîqiya, il s'est propagé au Maghreb, surtout au Maroc aux époques almohade,  marînide et alaouite,  à l'exemple des grands bassins de norias de Meknès, édifié par le souverain Mawlây Isma ‘îl (1672-1727).

BIBLIOGRAPHIE DU MONUMENT

Lézine A., Architecture d’Ifriqiya, Recherches sur les monuments aghlabides, Paris, 1966.

Maoudoud K., Kairouan, Tunis, 1991, p. 37-39.

Solignac, M.M., Les installations hydrauliques de Kairouan et des steppes tunisiennes du XVIIIe au XIe siècle, t.X, Alger, 1953, p.187-192.

Ifriqiya, Treize siècles d'art et d'architecture en Tunisie, Tunis, Edisud, (L’art islamique en Méditerranée, 2000), p. 162-163.

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

Le Maroc andalou, A la découverte d'un art de vivre, Aix-en-Provence, Édisud, (L’art islamique en Méditerranée, 2000).



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