Qantara Qantara

Nilomètre de l’Ile de Rodah

  • Nom : Nilomètre de l’Ile de Rodah
  • Lieu : Égypte, Le Caire
  • Date/période de construction :

    861 / 872-873  

  • Matériaux de construction : Pierre sculptée
  • Dimensions : H. : 20 m L. : 8.5 m l. : 8.1 m

Le nilomètre de l’île de Rodah avait pour fonction de mesurer le niveau des crues du Nil, ces dernières étant la condition obligatoire pour une bonne saison agricole. La mesure relevée servait aussi de base pour déterminer le montant des taxes que la province égyptienne devait payer au califat.

Ce nilomètre s’inscrit dans une lignée de constructions édifiées depuis l’Antiquité en Égypte. Le terme même vient du grec neilometrion, composé à l'aide de neilos (nil), et metron, « mesure ». Dès l’époque omeyyade, les nouveaux maîtres de la région avaient construit eux aussi un nilomètre à Halwan ; il consistait en un mur gradué. Les ouvrages hydrauliques, dont le nilomètre fait partie, sont des travaux d’utilité publique que les dirigeants du monde islamique ont souvent fait réaliser, les problématiques liées à l’approvisionnement en eau étant importantes sinon vitales dans les régions concernées. On peut noter la présence de systèmes de conduite de l’eau décrits précisément et illustrés dans des traités de mécanique rédigés dès le IXe siècle[1].

Le bâtiment, construit en pierre finement taillée, est situé au sud de l’île de Rhoda. Il a la forme d’un puits, relié au fleuve par trois tunnels répartis sur trois niveaux, qui fonctionnent selon le principe des vases communicants. Le puits est de plan circulaire en bas et rectangulaire en haut. Une grande colonne en marbre est placée au centre de la cavité. Elle repose sur une base en pierre et est surmontée par une poutre en bois d’acacia inscrite en kufique[2]. Cette colonne à chapiteau corinthien est scandée sur son fût de repères correspondant à la mesure d’une coudée romaine (54 cm). Un escalier en pierre permet d’accéder jusqu’au troisième niveau. Les murs intérieurs sont ornés de niches en ressauts à arcatures légèrement brisées soutenues par des colonnettes. Ce type d’arc semble provenir des régions orientales du monde islamique. L’architecture de brique d’époque abbasside en présente plusieurs exemples, comme la porte de Baghdad à Raqqa (Syrie, IXe siècle) ou la base du minaret de la Grande Mosquée de Samarra (Irak, 847-961) .

Le nilomètre est la construction islamique la plus ancienne conservée en Égypte après la mosquée de ‘Amr (642) : il a été réalisé en 861[3], selon la double inscription des côtés nord et est du puits mentionnant le nom de l’intendant des travaux. La fin de l’inscription dédicatoire, mentionnant peut-être le calife abbasside al-Mutawakkil, a été effacée probablement par Ahmad ibn Tûlûn en 872 selon Creswell, et remplacée par des inscriptions coraniques évoquant l’eau, la végétation, la prospérité. Elles se détachaient à l’origine en jaune sur un fond bleu, selon un principe courant dans l’art islamique, où la parole divine est associée à la lumière. Si ces inscriptions nous fournissent d’importantes informations historiques, elles sont aussi remarquables car elles constituent le plus ancien exemple d’inscription monumentale en Égypte islamique. Les bandeaux d’épigraphie kufique simple, réalisés en bois sculpté, sont tout à fait caractéristiques stylistiquement de l’Égypte tulunide, même si une relative koine existe alors à cette époque dans le domaine de l’écriture, ce jusqu’au Xe siècle[4].  La mosquée d’Ahmad ibn Tûlûn construite dans le nouveau Caire (al-Qatai) en 876-879, présente dans sa zone supérieure une frise en bois sculpté en biseau rappelant le décor abbasside de Samarra, qui développe des versets coraniques tout à fait comparables stylistiquement avec les inscriptions du nilomètre.

NOTE

[1] Livre des procédés ingénieux des frères Banû Mûsâ, copie de 1210, Berlin, Staatsbibliothek, Orientabteilung, Ms. Or. Quart. 739.

[2] Cor. II, 255 : « Dieu ! Il n’y a de Dieu que lui : le Vivant ; celui qui subsiste par lui-même ! … Son Trône s’étend sur les cieux et sur la terre : leur maintien dans l’existence ne lui est pas une charge. Il est le Très-Haut, l’Inaccessible.»

[3] La couverture est d’époque moderne.

[4] Le musée du Louvre conserve un fragment de cette frise inscrite en pin sylvestre : 876-879, Égypte, Le Caire, dépôt de l'Institut national des langues et civilisations orientales (1948), inv. HI 10.

BIBLIOGRAPHIE DU MONUMENT

Behrens-Abouseif, D., « Early Islamic Architecture in Cairo », in Islamic Architecture in Cairo: An Introduction, Leyde/New York : E.J. Brill, 1989, p. 50-51.

Creswell, K.A.C., Early Muslim Architecture, vol. II, Oxford University Press, 1940. Reprinted by Hacker Art Books, New York, 1979, p. 299-307.

Parker, R.B., A practical guide to Islamic Monuments in Cairo, American University in Cairo Press, 1974.

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

Anglade, É., Catalogue des boiseries de la section islamique, Paris : musée du Louvre/RMN, 1988, n°7.

Ettinghausen, R. ; Grabar,O., The Art and Architecture of Islam, 650-1250, Yale University Press, 1987, p. 84.

Nasr, S.H., Islamic Sciences. An illustrated study, World of Islam Festival, 1976, p. 211.

L’âge d’or des sciences arabes, (cat. exp., Paris, Institut du monde arabe, 2006), Paris : Institut du monde arabe/Actes Sud, 2006, p. 234.



Expression #1 of ORDER BY clause is not in SELECT list, references column 'qantara.fr_index.in_poids' which is not in SELECT list; this is incompatible with DISTINCT