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Les motifs géométriques

A Byzance

Les motifs géométriques et végétaux à Byzance

Les motifs géométriques et végétaux sont parmi les plus usités dans tout l’art byzantin. Conçus pour mettre en valeur le sujet qu’ils entourent, les motifs ornementaux deviennent souvent des éléments organisateurs de la composition qui lui dicte ses proportions et son équilibre. Ils ne limitent pas la forme mais ils l’engendrent. L’influence de l’art islamique a enrichi leur répertoire de nouveaux motifs et renforcé leur usage à de plus grandes surfaces. 

À l’époque paléochrétienne, les éléments géométriques remplissent les longs espaces de pavements dans les basiliques avant de s’étendre sur les murs latéraux et autres éléments architecturaux. Leurs formes, massives et d’aspect robuste, sont relativement simples. Ils se déploient en répétition et en combinaisons diverses afin de créer un tapis multicolore. Le zigzag, la tresse, les cercles sécants ou les motifs à degré sont les plus utilisés et continuent à être en usage même jusqu’à une époque très tardive. Des carrés ornés des fleurons, des cercles entrelacés, des rubans plissés ou des losanges se disposent symétriquement pour faire des chaînettes ou des bandeaux. À l’époque byzantine, les motifs géométriques, ayant perdu leur relief vigoureux, deviennent souvent plus compliqués et acquièrent une stylisation accentuée. Des motifs « composites », comme les cercles juxtaposés, sécants ou reliés par des feuilles ou des festons, ainsi que des carrés ou des losanges en degré, sont très courants dans le répertoire nouveau. Entre ces dessins géométriques peuvent se former des combinaisons variées garnies d’éléments floraux ou de tiges disposées horizontalement ou en diagonale, enrichies de fleurs-feuilles ou d’autres éléments imaginaires.

Les motifs végétaux et floraux occupent la majeure partie dans la décoration ornementale de l’art byzantin. Les artistes, désireux de créer un monde imaginaire à côté des programmes religieux, forment une nouvelle série d’ornements qui ne présentent pas de similitudes avec des éléments réalistes. Certains ornements d’usage très fréquent dès les premiers siècles, ont marqué l’évolution du décor ornemental : c’est le cas des fleurons, des palmettes, des rinceaux, des entrelacs et des motifs cordiformes.

Le fleuron et la palmette sont les plus répandus et ont connu un essor remarquable grâce aux possibilités riches et variées qu’ils ont fourni aux artistes jusqu’à la fin de l’art byzantin. Les fleurons, une fleur de trois à cinq feuilles larges et plates, supportées par une petite tige, se présentent sous plusieurs formes : les pétales sont plats ou en perspective, séparés l’un de l’autre ou unis, le milieu du fleuron indiqué ou non, la partie supérieure détachée de l’inférieure. Ces motifs végétaux à trois dimensions, présents dans les manuscrits et sur les émaux, connaissent par la suite un succès notable dans l’orfèvrerie et le décor mural. L’origine sassanide de ce motif ne saurait faire de doute, mais il semble bien que ce soit encore la feuille de vigne pliée ou étalée qui se trouve à la base de cette évolution. Il est cependant certain que la transformation de la feuille de vigne s’est faite dans l’art omeyyade.

Un autre motif végétal dont la vogue fut immense dans l’ornementation byzantine est la palmette. Motif typiquement sassanide, elle a connu un nouvel épanouissement dans l’art islamique, comme tant d’autres motifs sassanides. Les artistes byzantins de l’époque mésobyzantine ont adopté à leur tour cet ornement et se sont servis de diverses variations existant auparavant. La palmette, abondamment représentée dans l’art byzantin, fut employée soit dans le sens vertical, ou, à l’occasion, inversée, soit dans le sens horizontal, ou, en diagonale, ou superposée. Son introduction d’abord dans les manuscrits et ensuite dans les autres techniques, fut un événement extraordinaire pour les artistes du Moyen-Âge. Des palmettes droites, fendues, ailées, en alternance avec d’autres motifs végétaux stylisés, tout reflète une affinité avec l’Islam, bien que nous n’y trouvions pas de combinaisons identiques. Les palmettes fendues, les plus courantes, soit en frise soit en élément de remplissage ou combinées avec les entrelacs, apparaissent comme des demi-feuilles en trois pétales identiques aux pétales de la palmette.

Les rinceaux de vigne et de feuilles d’acanthe constituent également une des plus riches et des plus importantes créations ornementales. Le rinceau, motif plein de rythme, grâce à la souplesse de ses courbes et à l’alternance de ses feuilles, très populaire dans l’art hellénistique et fut repris dans l’art paléochrétien. L’évolution du rinceau est caractérisée par les différentes manières dont les feuilles sont traitées et combinées aux tiges. La combinaison d’éléments hétérogènes, en particulier de rinceaux de vigne avec d’autres espèces de feuilles et de fleurs, est caractéristique de l’art islamique où elle est finalement devenue populaire. Cela s’est passé de la même façon dans l’art byzantin, où l’imagination a remplacé le fait naturel.

Les entrelacs sont considérés comme des combinaisons qui dérivent de la forme classique des rinceaux aux enroulements contrariés. Ce type de motifs est aussi bien connu dans l’art byzantin que dans l’art sassanide. Mais les nouveaux caractères pris par les entrelacs (garnis de demi-palmettes ou de branches) sont considérés comme des traits de l’art sassanide. L’usage des entrelacs devient très en vogue dans l’art byzantin à partir du XIe siècle.

Enfin, les motifs cordiformes, évidés à l’intérieur où figure une palmette ou un fleuron, présentent parfois l’aspect d’un as de pique, d’un fer de lance, ou d’une feuille de lierre. Ils se trouvent soit juxtaposés soit opposés par leur base ou par leur pointe, soit reliés par des festons. Les mêmes motifs peuvent former parfois des véritables réseaux ou des arabesques.

E.Y.

 

En Islam

L’ornementation est employée en Islam sur tout type d’objet et de matière : ustensiles en céramique, verre et métal, édifices en pierre ou en brique, décors architecturaux en stuc ou en mosaïque, livres, textiles… Une des caractéristiques de l’ornementation islamique est l’unité des décors employés : les motifs, qu’ils soient végétaux, géométriques, épigraphiques ou figuratifs, sont utilisés de manière indifférenciée, quelque soit le support. Divers moyens étant mis en œuvre afin de décorer le support dans sa totalité, l’horror vacui a également été défini comme caractéristique de l’ornementation islamique.

Si l’Islam s’inscrit dans la continuité des traditions antiques par l’emploi des motifs végétaux et géométriques, la rupture se situe à la fois dans la transformation de ces motifs, mais également dans la place centrale qui leur est dévolue. Dessins géométrique, végétal et épigraphique ne sont plus des motifs mineurs, agrémentant une représentation dont la place centrale est attribuée à une scène figurative, mais des ornements autonomes, affranchis de toute contrainte figurative. Si l’ornementation islamique n’interdit pas la représentation figurée, elle la bannie néanmoins des édifices ou objets à vocation religieuse.

Motifs géométriques

Les figures géométriques atteignent une sophistication extrême car elles ne sont plus considérées, comme c’était le cas dans l’Antiquité, comme des figures parfaites, mais comme des formes ouvertes susceptibles de générer d’autres figures. Les motifs géométriques sont très souvent fractionnés, recomposés et entrelacés. Les trois figures principales sont le cercle, le carré et le triangle. Les carrés et les losanges, de tailles variées, sont combinés dans différentes directions pour former des polygones ou des étoiles. Le cercle, quant à lui, peut être employé seul, comme motif unique, ou répété et imbriqué ; certaines de ses sections sont parfois oblitérées, afin de former des motifs originaux.

J.B