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Panneau aux protomés de chevaux

  • Titre / dénomination : Panneau aux protomés de chevaux
  • Lieu de production : Égypte
  • Date / période : XIe siècle
  • Matériaux et techniques : Bois ; décor sculpté et gravé
  • Dimensions : L. 33 cm ; H. 22 cm
  • Ville de conservation : Le Caire
  • Lieu de conservation : Musée d'art islamique
  • Numéro d'inventaire : 3391

Dans l’Antiquité comme à la période islamique, le bois fut un médium fréquemment utilisé en Égypte, malgré sa rareté, qui imposa souvent de l’importer du reste du monde. Si les Fatimides entretenaient quelques forêts d’acacia nilotica, celles-ci ne répondaient pas aux importants besoins de la construction navale et de l’architecture. La Syrie et le Soudan – mais aussi des pays plus lointains – fournissaient donc le califat en essences plus ou moins précieuses (pins, chêne, cyprès, ébène, palissandre…). De nombreuses œuvres en bois ont été bien conservées en Égypte, grâce au climat sec. Néanmoins, on en connaît aussi réalisées dès le VIIIe siècle en Syrie et le IXe siècle en Irak[1]. Au Maghreb, l’art du bois sculpté est également courant, comme en témoigne le minbar de la mosquée des Andalous à Fès, daté de la fin du Xe siècle ; il est utilisé aussi, plus tard, en marqueterie, comme dans le cas du minbar de la Kutubiyya à Marrakech[2]...

Cet objet, comme son semblable conservé à New-York[3], s’insérait sans doute dans un ensemble plus important, comme une porte. Un vantail, conservé au musée d’art islamique du Caire, présente en effet des panneaux similaires ; il provient probablement du palais fatimide occidental du Caire, restauré en 1058 par le calife al-Mustansir, ce qui laisse supposer qu’il pourrait en être de même pour le panneau aux chevaux. On connaît de nombreux bois fatimides, réalisés dans un contexte musulman ou copte, qui présentent une composition similaire, un rectangle fortement marqué par un axe de symétrie vertical, d’où émergent des entrelacs végétaux complexes aux tiges parfois refendues. Les portes du palais fatimide occidental du Caire retrouvées dans le maristan de Qalâ'ûn, l’iconostase de l’église Sainte-Barbara et les portes de Santa Maria dell’Ammiraglia à Palerme en sont d’autres exemples.

Sculpté sur plusieurs plans, depuis le très profond relief jusqu’à la gravure, ce panneau est par sa technique typique de l’art du bois fâtimide du XIe siècle, qui s’éloigne un peu de la taille en biseau pratiquée auparavant sous l’influence du style de Samârrâ. Malgré leur grande stylisation, on peut remarquer que les harnachement et l’anatomie des chevaux sont traités avec beaucoup de précision : l’œil, la bouche et le naseau sont indiqués par la gravure. Ces détails marquent peut-être une volonté de réalisme que l’on retrouve à plusieurs occasions dans l’art fatimide.

Les deux protomés de chevaux ne sont pas posés sur les rinceaux végétaux, mais semblent s’y intégrer. Leur encolure en émerge, et leurs oreilles se transforment en enroulements. Cette esthétique de la métamorphose n’est pas nouvelle dans les arts de l’Islam. Le panneau tulunide à l’oiseau du musée du Louvre présente la même ambiguïté entre motif animal et palmettes végétales. Plus tard, dans la céramique peinte sous glaçure au Proche-Orient au XIIe siècle, les motifs animaux s’achèvent souvent par des éléments végétaux[4]. Il en est de même en Anatolie lors du règne des Seljuqides de Rum, comme en témoignent par exemple les aigles sculptées de l’hôpital de Divrigi. Aux XIIe et XIIIe siècles en Iran puis en Anatolie et en Jezira, les épigraphies animées de certains métaux reprennent aussi cette esthétique.

En Europe, l’idée de la transformation d’un animal ou d’un personnage en végétal est également ancienne. Les légendes des Métamorphoses d’Ovide, écrites au début de l’ère chrétienne ont donné lieu à pléthore de représentations artistiques. La nymphe Daphné est ainsi couramment représentée lors de sa mutation en olivier, tant sur une mosaïque romaine du IIe siècle comme dans une célèbre sculpture du Bernin. Dans les marges de manuscrits médiévaux, les lettrines ou les motifs décoratifs se transformant en animaux sont également fréquents.

NOTE

[1] Bois de la mosquée d’al-Aqsa, v. 715, Jérusalem, musée de la mosquée al-Aqsa; Porte du palais du Jawsaq, Paris, musée du Louvre, AA 267

[2] 1137 – 1147, Marrakech, palais Badi‘

[3] Panneau de porte, Égypte, XIe siècle, New-York, Metropolitan Museum of Art, 11.205.2

[4] Vase aux aigles bicéphales, Jezira, XIIe – XIIIe siècle, Paris, musée du Louvre, AO 8178

BIBLIOGRAPHIE DE L'OBJET

Pauty, E., Catalogue général du musée arabe du Caire. Les bois sculptés jusqu’à l’époque ayyoubide, Le Caire : Institut français d’archéologie orientale, 1931, n° 3391, p. 46, pl. XLII.

Trésors fatimides du Caire, (cat. exp. Paris, Institut du monde arabe, 1998), Paris/Gand : Institut du monde arabe/Snoeck-Ducaju et Zoon, 1998, n° 13, p. 94.

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

Alexander, D., Furusiyya. II. Catalogue, Riyadh : The King Abdulaziz Public library, 1996.

Anglade, É., Musée du Louvre. Catalogue des boiseries de la section islamique, Paris : Éditions de la réunion des musées nationaux, 1988.  

Welch, S.C., The metropolitan museum of Art : the islamic world, New-York : The Metropolitan Museum of Art, 1987.



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