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Plat à décor de biche

  • Titre / dénomination : Plat à décor de biche
  • Lieu de production : Manisès, Espagne
  • Date / période : Vers 1140-1160
  • Matériaux et techniques : Céramique argileuse tournée ; décor peint à l'oxyde métallique et lustré sur glaçure plombeuse stannifère
  • Dimensions : D. 35,5 cm
  • Ville de conservation : Paris
  • Lieu de conservation : musée du Louvre, département des Objets d'Art
  • Numéro d'inventaire : OA 9001
  • Inscription :

    « ave ma ria gra ple na ( Ave Maria gratia plena) »

Sur le fond du plat se détache une biche bleu cobalt, rendue de profil, selon les traditions de l’art islamique. L'animal est environné d’ocelles regroupées en corolles, appelées flores de puntos, et d’un semis de petits points. Touts ces éléments ont été peints au lustre mordoré. Sur le marli, décoré du même pointillé, figurent en caractères gothiques bleu cobalt, répartis en six groupes de deux ou trois lettres, le début d’une des prières fondamentales de la chrétienté et qui reprend la salutation de l’ange Gabriel à Marie (Évangile de Luc, I, 28). Au revers de la pièce, rosaces, stries et cercles perpétuent les modes décoratifs de l’Islam.

La pièce émane des ateliers de Manisès, près de Valence, dans le Levante espagnol. Son lustre métallique reproduit un procédé inventé en Irak au IXe siècle et qui s’est peu a peu transmis en Espagne musulmane. Valence et Manisès, tombés aux mains des chrétiens en 1238, semblent avoir maîtrisé la recette grâce à la collaboration des potiers de Malaga. Par suite des données naturelles et des traditions artisanales de la région, la technique prend un tour particulier.

La pâte argileuse de Valence, quand elle est destinée à recevoir un décor lustré, comprend 20% de craie. La pièce subit trois cuissons. La première, menée à basse température, vers 500°, transforme la pâte en biscuit (bizcochada). La seconde, beaucoup plus élevée (950°), concerne la glaçure. Il s’agit, dans la pièce qui nous occupe, d’une glaçure plombifère opacifiée à l’étain. Elle est obtenue à partir d’une poudre (acercol), résultant de la fusion du plomb et de l’étain, qui a été cuite et broyée deux fois après addition de sable et de sel de mer. Quant au lustre métallique, il repose sur un procédé assez stable. On mélange une même quantité de cuivre et de souffre auquel on associe une faible quantité d’argent (4 % du mélange), afin d’obtenir des oxydes métalliques et des sulfures. On ajoute ensuite de l’ocre-rouge (almazarrón) en quantité deux fois supérieures au composé obtenu et on dilue le tout dans du vinaigre. Les pièces enduites de ce mélange sont cuites lentement à basse température, entre 500° et 600°, dans une atmosphère réductrice permettant aux oxydes de pénétrer dans la glaçure et de redevenir des particules de métal.

Au XVe siècle, les décors valenciens, revitalisés par la mode du gothique international, brochent sur les héritages arabes et chrétiens. La biche, qui est un souvenir du répertoire musulman, est peut-être réinterprétée à la lumière des Psaumes. Quant aux mots de « l’Ave Maria », ils ont été morcelés pour des raisons esthétiques. Ils donnent au plat un caractère religieux, voire sibyllin. Ces céramiques où des lettres étranges se mêlaient à des motifs musulmans semblaient venir d’un Orient lointain, contemporain du Christ et des apôtres et exerçaient une grande séduction. On peut en juger d’après un tableau espagnol du XVe siècle ayant pour sujet la Cène, où une assiette, ornée de la même façon, est représentée au centre de la table[1].

À la fin du Moyen Âge, cette céramique valencienne à reflets métalliques, source de bien des imitations en Europe, sera également exportée en Tunisie et en Égypte. Le plat à la biche sera même repris, vers 1950, par les potiers tunisiens de Nabeul qui substitueront le noir au bleu.

NOTE

[1] Musée Diocesà i Comarcal de Solsona, Catalogne.

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

Amigues, F., « Technique de fabrication de la céramique valencienne », in Le calife, le prince et le potier, cat. exp., Paris, 2002, p. 181-213.

Molera, J., Pérez-Arantegui, J., Pradell, T., Vendrell-Saz, M., « La céramique musulmane et mudéjare à reflets métalliques: une approche technique », in Le calife, le prince et le potier, cat. exp., Paris, 2002, p. 214-219.

L’islam dans les collections nationales, cat. exp., Paris, 1977, RMN, n° 499.

Le calife, le prince et le potier, cat. exp., Paris, 2002, p. 87.

Reflets d’Or, cat. exp., Paris, RMN, p. 94, n° 63.



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