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Brasero

  • Titre / dénomination : Brasero
  • Lieu de découverte : Mafraq, Jordanie
  • Date / période : VIIe - VIIIe siècle
  • Matériaux et techniques : Bronze ; fondu à la cire perdu, décor en bas relief et ajouré ; armatures de fer
  • Dimensions : L. 68 cm ; H. 48 cm ; Pr. 56 cm
  • Ville de conservation : Amman
  • Lieu de conservation : Musée national d'archéologie de Jordanie
  • Numéro d'inventaire : J15700 - J15707

Pièce unique, ce brasero, incomplet et démontable, a été retrouvé en sept éléments lors des fouilles d’un monastère byzantin, transformé en résidence sous les Omeyyades. Enfoui avec d’autres objets en bronze et autres matériaux (élément de lampe en stéatite), il fut sans doute caché dans la seconde moitié du VIIIe siècle ou au début du IXe, lors d’un séïsme.

Ce brasero constitue l’une des rares pièces islamique fondue selon le procédé de la cire perdue, inventé durant l’antiquité. Il est aussi l’un des rares exemples de bronze omeyyade conservé, avec plusieurs aiguières (aiguière dite de Marwân II). Seule une face est entière, mais il était carré, orné aux angles de quatre figurines féminines. Des griffons ou des aigles, perchés sur des roulettes, lui tenaient lieu de pieds. Cette forme, peut-être issue du Bas-Empire romain, se décline plus tard dans les arts de l’Islam, en Espagne au Xe siècle[1] comme en Égypte mamluke[2]. Sur une miniature du milieu du XIIIe siècle faite à Mossul (Iraq), un prince attend les brochettes qu’un serviteur cuit sur un brasero de même aspect[3]. Mais dans tous ces cas, seule la forme carrée est comparable, alors que le décor présente d’importantes variations.

Diverses influences sont reconnaissables dans le brasero. Ses supports rappellent des pieds de meubles zoomorphes sassanides[4], et plus loin dans le temps, des reliefs assyriens et d’Égypte pharaonique, dans lesquels le mobilier représenté a des pattes de lion ou de taureau. Le « style empire », né après la campagne napoléonienne en Égypte, s’en inspire encore. Les six niches qui structurent le décor, très architectural, sont héritées de l’art antique, et utilisées dans tout le monde méditerranéen, comme dans le décor de l’architecture omeyyade. Par la stylisation de leurs chapiteaux et le motif de la coquille, inscrit alternativement dans un demi-cercle, puis dans un triangle, elles font écho à des décors contemporains, wisigothique[5], coptes[6] et islamiques (margelle de Qasr al-Hallabat, portail d’entrée de Qasr al-Hayr al-Gharbi), présents aussi bien sur des édifices que des stèles funéraires. 

Les scènes des arcades sont liées à la mythologie gréco-romaine. Aux extrémités se tient  Hercule, identifiable à sa massue, et au centre, quatre couples nus qui s’ébattent, selon une iconographie dionysiaque confortée par la présence du félin, attribut du dieu du vin. De telles scènes sont fréquemment représentées sur des tissus coptes. La posture assise d’Hercule et le canon des personnages, peuvent rappeler l’art indien. Mais les personnages évoquent ceux de Qusayr Amra qui correspondraient aux idéaux de poètes arabes des débuts de l’Islam, tel ‘Umar ibn Abi Rabi‘a (643 – 711).

 

Les figures des femmes nues en ronde-bosse évoquent le décor des coupes en argent de l’Iran sassanide. Par leurs riches parures, elles évoquent aussi les personnages de Khirbat al-Mafjar, mais sont surtout proches des canons de statuettes de bronze coptes utilisées dans le mobilier[7]. Rare dans le monde islamique, la ronde bosse est le plus souvent animalière. On y rencontre cependant parfois des exemples de personnages, en stuc, en bronze ou en céramique. À l’inverse, la sculpture en trois dimensions est fréquente dans les mondes antique et chrétien.

Si trois des « danseuses » présentent dans leur main un oiseau, la dernière offre une grenade, motif récurent visible aussi sur la corniche et les extrados des arcs. Associée dans nombre de cultures à la fécondité, la grenade sert dans la poésie persane à symboliser les seins féminins. Le fruit ferait ici écho aux scènes amoureuses, pour plus de cohérence iconographique.

 

NOTE

[1] Brasero, Cordoue, Xe siècle, calcaire, Grenade, museo de la Alhambra, R. 3064.

[2] Brasero, Egypte, seconde moitié du XIIIe siècle, bronze coulé et incrusté, New-York, Metropolitan Museum of Art, 91.1.540.

[3] « Scènes de cour », Le livre des antidotes du Pseudo-Galien, Mossul ?, milieu XIIIe s., Vienne, Nationalbibliothek, AF 10, fol. 1r.

[4] Pied de meuble en forme de protome de griffon, Iran, Ve – VIIe siècle, bronze, Paris, musée du Louvre, AO 22138.

[5] Chancel wisigothique, Mérida, période wisigothique, marbre.

[6] Stèle funéraire, Égypte, époque byzantine, calcaire, Le Caire, musée copte, 8703.

[7] Candélabre, Louxor, IVe – Ve siècle, bronze, Saint-Pétersbourg, musée de l’Ermitage, 10581.
BIBLIOGRAPHIE DE L'OBJET

Humbert, J.-B., El-Fedein, Mafraq, Jordanie. Rapport préliminaire de la campagne de fouilles de 1986, Jérusalem, école biblique et archéologique française, 1986.

Humbert, J.-B., « Le surprenant brasero omeyyade trouvé à Mafraq », in Jordanie, sur les pas des archéologues, (cat. exp. Paris, Institut du monde arabe, 1997), Paris, Institut du monde arabe, 1997, p. 160 – 164.

La voie royale, 9000 ans d’art au royaume de Jordanie, (cat. exp., Paris, musée du Luxembourg, 1986 – 1987), Paris, Association Française d’Action Artistique, 1986, p. 268.

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

L’art copte en Egypte, 2000 ans de christianisme, cat. exp. Paris, Institut du Monde Arabe 2000, Paris, Gallimard, Institut du monde arabe, 2000.

Bienkowski, P. (éd.), The art of Jordan, Phoenix Mill, Alan Sutton Publishing, 1991.

Chevalier, J. (dir.), Dictionnaire des symboles, Paris, Robert Laffont, 1969.

Ettinghausen, R., La peinture arabe, Genève, Skira.

Ghirshman, R., Iran, Parthes et Sassanides, Paris, Gallimard, 1962.



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