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Le tombeau du sultan al-Nasîr Hasan

  • Nom : Le tombeau du sultan al-Nasîr Hasan
  • Lieu : Égypte, Le Caire
  • Date/période de construction : 764 H./1363 ; 1471-1477
  • Dimensions : L : 21 m ; l : 21 m ; H : 30 m
  • Inscriptions :

    - Bandeau de bois sculpté au sommet des murs :

    -          parois est, nord et ouest : Basmalah : « Au nom de Dieu : celui qui fait Miséricorde, le Miséricordieux » ; Cor. II, 256.

    -          paroi sud : « L’achèvement de cette coupole bénie a eu lieu dans le courant de l’année 764. Que Dieu bénisse Muhammad ! »

  • Restauration :

    restauration sous le règne du sultan Qâ’it Bay

Ce tombeau, achevé un an après la mort du sultan, est le plus grand du Caire. Il se rattache à un complexe comprenant une mosquée et quatre madrasa. Le texte de waqf en détaille les fonctions : il est dévolu aux sciences religieuses, dans l’accomplissement de rituels ou dans l’enseignement. Son plan carré sous coupole est attesté au Caire depuis l’époque fatimide[1] (969-1171). Hérité des temples du feu préislamiques, connu depuis le Xe siècle en Iran samanide, il se diffusa dans tout le monde islamique.

Localisé derrière l’îwân de prière de la madrasa, on y accède par une porte en bronze. Cette disposition est inédite au Caire : les fidèles priant dans l’îwân font face à la Mecque et  face au tombeau. Cela n’est pas anodin symboliquement étant données les difficultés qu’al-Nâsir eut à affronter pour imposer son autorité politique. Quelques bâtiments utilisent cette disposition. Au Saint-Sépulcre à Jérusalem (IVe s. ap. J.C.), le tombeau du Christ est dans l’alignement du sanctuaire. En Anatolie, la Cifte Minareli madrasa d’Erzerum (1253) présente la même disposition, ainsi que la mosquée ottomane de Mahmud Pacha trois siècles plus tard (Istanbul, (1567).

Le mausolée est en saillie par rapport au complexe. Ses trois façades libres reprennent l’esprit général de l’enceinte : murs massifs couronnés d’une corniche à muqarnas, ici surmontée de merlons. La tradition égyptienne y est forte : la corniche rappelle les gorges antiques. Quant aux merlons qui existaient dans l’architecture assyrienne, ils sont attestés dès l’époque abbasside en Irak[2] et dans les bâtiments tulunides et fatimides[3] du Caire. L’agencement des murs est tripartite. Deux niveaux superposés de niches flanquent la zone centrale occupée par un oculus inscrit dans un cartouche rectangulaire. Des colonnes à bases et chapiteaux à muqarnas ornent les angles de la façade. Le rythme ainsi créé est emblématique de l’architecture mamluke. Les muqarnas, les arcs outrepassés d’esprit maghrébin[4], les baies géminées et la mosaïque de céramique iranienne révèlent le poids  d’influences étrangères.

L’intérieur est organisé autour de la zone centrale abritant le cénotaphe en marbre derrière une enceinte à claire-voie. Il est vide, le corps du sultan étant resté introuvable après son assassinat.

Comme dans l’îwân de la madrasa, les murs sont couverts de panneaux de marbre rectangulaires polychromes, caractéristiques du décor mamluk. Ils sont disposés en alternance avec des ouvertures surmontées de tympans à motifs radiants. L’arc du mihrâb retombe sur deux colonnes couplées. L’intérieur de la niche est plaqué de marbre réparti en trois registres de niches superposées. La zone supérieure, au-dessus de la bande d’inscriptions, est superbement mise en valeur par les juxtapositions polychromes du marbre. Il est intéressant de noter qu’en Italie, les bâtiments du trecento utilisent ce décor[5]. À ce premier niveau reprenant le principe des décors byzantins puis omeyyades succède un bandeau inscrit en bois sculpté aux grandes lettres peintes en blanc, bien lisibles.

La zone de transition entre la salle carrée et la coupole est très haute, selon une tendance amorcée à l’époque fatimide[6]. Elle était constituée à l’origine de trompes, un élément architectural d’origine iranienne connu au Caire dès l’époque tulunide (fin IXe siècle). Le développement des zones de transition au cours des siècles aboutit aux zones très élaborées d’époque mamluke. Une coupole bulbeuse couronnait le bâtiment ; effondrée en 1662, elle fut remplacée par l’actuelle, posée sur des pendentifs à six rangées de muqarnas en bois.

NOTE

[1] Voir entre autres exemples le cimetière du Moqattam au sud-ouest de la citadelle du Caire, où sont situés plusieurs mausolées dont celui de l’imâm ayyubide Shafa’i (1211), ou encore celui d’Assouan d’époque fatimide. Beaucoup ont été restaurés, notamment à l’époque mamluke.

[2] Palais du Jawsaq al-Khaqani, Irak, Samarra, IXe siècle.

[3] Mosquées d’al-Azhar (969-973) et d’al-Hakîm (990 et 1013).

[4] À mettre en rapport avec le minaret de la madrasa d’al-Nâsir Muhammad, fin du XIIIe siècle, créant la symbiose entre l’architecture almohade et l’art égyptien d’héritage fatimide et qui, selon certains auteurs, aurait été réalisé par des artisans d’Afrique du Nord.

[5] Cathédrale Santa Maria Dei Fiore, 1296-1436, Italie, Florence.

[6] Mausolée de Sheikh Yunus, Cimetière de Bâb al-Nasr, Égypte, Le Caire, déb. XIIe siècle.

BIBLIOGRAPHIE DU MONUMENT

Al-Harithy, H.N., « The complex of Sultan Hasan in Cairo, reading between the lines », in Muqarnas, vol. XIII, 1996, p. 68-79.

Behrens-Abouseif, D., « Architecture of the Bahri Mamluks », in Islamic Architecture in Cairo: An Introduction,  Leyde/New York : E.J. Brill, 1989, p. 122-128.

Combe, E. ; Sauvaget, J. ; Wiet, G. (dir.), Répertoire chronologique d’épigraphie arabe, volume XVII, Le Caire : Institut Français d’Archéologie Orientale, 1982, p. 18-24.

Hautecoeur, L. ; Wiet, G., Les mosquées du Caire, vol. I et II, Paris, 1932, pl. 130 à 134.

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

Blair, S.S. ; Bloom, J., The Art and Architecture of Islam, 1250-1800, Yale University Press, 1994, p. 85-96 et p. 107.

Ettinghausen, R. ; Grabar, O., The Art and Architecture of Islam, 650-1250, Yale University Press, 1987, p. 303-327.

 



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