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- Tout autour de la façade : Cor. VI, 68-71: « Au nom de dieu clément et miséricordieux. Ô mes serviteurs, n’ayez pas peur ce Jour-là. Ne vous affligez pas. Ceux qui croient en nos signes demeurent soumis. Entrez au paradis, vous et vos conjoints, vous serez bien traités. On fera circuler parmi eux des plateaux en or et des coupes ; tout ce que l’on peut désirer et ce dont les yeux se délectent. Vous y demeurerez immortels… »
- suivie par, sur le mur est, au-dessus d’une fenêtre : « Voici ce qui a été fondé par ordre du rideau élevé et du voile bien défendu al-Malikat al-Rahîma ‘Ismat al-dunyâ al-Dîn Daifa Khâtun, fille du sultan al-Malik al-Âdil Sayf al-Dîn Abû Bakr, fils d’Aiyûb, que Dieu les couvre de sa miséricorde ! Cela a eu lieu durant les jours de notre maître le sultan al-Malik al-Nâsir, le savant, le juste, le champion de la foi, le combattant, l’assisté de Dieu, le victorieux, le vainqueur, Salâh al-dunyâ al-Dîn Yûsuf, fils d’al-Malik al-‘Azîz Muhammad, fils d’al-Malik al-Zâhir Ghâzi, fils de Yûsuf, fils d’Ayyûb, le défenseur de l’émir des croyants, - que sa victoire soit glorieuse !- sous l’administration du pauvre esclave ‘Abd al-Muhsin al-‘Azîzî al-Nâsiri, - que Dieu ait pitié de lui ! – en l’année 633 (1236) ».
- Autour de la cour : long texte relatif aux pratiques nocturnes soufies[1]
- Mihrâb, dans la partie supérieure en demi-lune, Cor. XXXVIII, 17-22 : « Au nom de Dieu clément et miséricordieux. Et mentionne notre serviteur David, doué de force et plein de repentir. Nous lui avons soumis les montagnes pour qu’elles célèbrent avec lui nos louanges, soir et matin, ainsi que les oiseaux rassemblés autour de lui. Tout revient à lui (Dieu). Nous avons affermi sa royauté, nous lui avons donné la sagesse et l’art de prononcer des jugements. L’histoire des plaideurs t’est-elle parvenue ? Ils montèrent au sanctuaire (mihrâb) ; ils pénétrèrent auprès de David qui en fut effrayé et ils dirent n’ai pas peur, nous sommes deux plaideurs injustes l’un envers l’autre. Juge-nous en toute justice ; ne sois pas partial, conduis-nous sur la voie droite.»
- Mihrâb, dans un petit cercle juste au-dessus du sommet de la niche : « Hassan ibn Annan ».
La madrasa al-Firdaws (du Paradis) est au sud-ouest d’Alep, près de la porte des Jardins. Elle fut fondée par Dayfat Khâtûn, belle-fille de Saladin[2], régente de la région d’Alep au milieu du XIIIe siècle.
Une chronique du XIIIe siècle[3] précise ses différents usages : elle accueillait des tombes, une madrasa, une résidence sufi, une mosquée, et fonctionnait grâce à une donation permanente (waqf ) de la princesse.
Tout le tour de la façade, d’allure austère, compacte, en grand appareil, est orné d’une longue inscription faisant référence au Paradis, à la fondatrice et à l’intendant des travaux‘Abd al-Muhsin al-‘Azîzî al-Nâsiri. Un portail à niche à muqarnas, dont le prototype se trouve à l’hôpital de Nûr al-Dîn Zangî (Damas, 1154), occupe la façade est. Un corridor coudé mène à la cour pavée à bassin lobé octogonal.
Un portique encadre la cour sur trois côtés. Ses arcs reposent sur des colonnes dont dix sont à chapiteaux à muqarnas, un des premiers exemples de ce type dans l’architecture islamique. Les deux chapiteaux proches de l’îwân nord sont décorés de branches d’olivier[4]. Tout autour du portique une longue inscription poétique célèbre le sufisme, courant de pensée mystique incarné à Alep par Suhrawardî [5].
Derrière le portique s’ouvrent des groupes de trois salles à coupoles. Cette disposition, déjà présente à la madrasa Zahiriya[6], évoque les salles de réception de l’architecture privée ayyûbide[7]. La présence conjointe du portique encadrant la cour et des salles sous coupoles pourrait annoncer l’architecture ottomane du XVIe siècle. Les angles nord-est et nord-ouest sont occupés par deux zones séparées des îwân axiaux par deux passages voûtés. Plusieurs pièces encadrent une cour centrale à îwân axial, comme dans les habitations privées syriennes[8].
La mosquée occupe la salle sud. La coupole devant le mihrâb est posée sur un tambour à trompes à muqarnas percé de douze ouvertures. Signé Hassan ibn Annan, c’est le seul mihrâb ayyûbide utilisant quatre coloris de marbre en placage, et constitue un superbe exemple de la technique de l’ablaq. Le goût des pierres de couleur, apparu dès l’époque omeyyade[9], est hérité de pratiques antiques et byzantines. Il sera amplement utilisé à l’époque mamlûke en Égypte et en Syrie, mais aussi en Italie au Quattrocento[10] et au XVIe siècle dans l’architecture ottomane. L’inscription coranique en naskhî occupe l’arcature supérieure. La niche du mihrâb est soutenue par des colonnes de remploi en granit à chapiteaux à muqarnas.
Deux salles carrées sous coupole flanquent la mosquée, abritant de multiples tombeaux. Elles étaient peut-être destinées à accueillir les sépultures de la fondatrice et de son entourage.
L’îwân nord était dévolu à l’enseignement. Chaque paroi est percée de trois niches pour le rangement des livres. La partie haute est occupée par une partie de l’inscription poétique encerclant la cour.
La présence originale d’un second îwân dos à l’îwân nord suscite des questions quant à l’utilisation de cette zone. Selon des sources littéraires, il aurait été ouvert sur un jardin agrémenté d’un bassin[11]. La position des îwân et l’importance de l’eau sont une constante dans l’architecture palatiale islamique, héritée de l’Iran sassanide[12] : palais de Bulkawara (Sâmarrâ, IXe siècle), palais ghaznavide de Lashkari Bazar (Bust, XIe siècle), pavillon de jardin artuqide de Mardin (Turquie, milieu XIIIes.)[13]. Il faut noter sa présence originale à la madrasa Mustansiriya de Baghdâd (1233). Une hypothèse a été émise quant à la fonction de ce double îwân[14] : l’iwan sur cour étant exposé au sud, il serait impraticable en cas de forte chaleur ; l’enseignement aurait donc à ce moment lieu dans l’îwân exposé au nord, face au jardin à bassin.
[1] L’intégralité de l’inscription est consultable dans Hammad, M., 2003, p. 9.
[2] Elle régna entre 1236 et 1243 au nom de son fils Al-Mâlik al-‘Azîz puis de son petit-fils Al-Mâlik al-Nâsir.
[3] Ibn Shaddâd, Al A ‘lâq al khatirat fi dhikr umarâ’ ash shâm wal jazirat, 1274.
[4] Pour une étude complète de ces chapiteaux et leur rapprochement avec la symbolique mystique du bâtiment et particulièrement la sourate coranique de la lumière (XXIV, 35).
[5] Cette inscription poétique est à rapprocher de l’activité soufie, la mystique islamique, et probablement de la figure de Suhrawardî, célèbre soufi d’Alep, condamné à mort en 1191 pour son hérésie, après avoir mis au point la théorie de l’illumination (Ishrâq) dans laquelle la conjonction avec le divin se fait par le contact avec la lumière.
[6] Alep, 1219.
[7] Plan du Matbakh al-‘Ajamî, Alep, XIIe s.
[8] Cf note n°7.
[9] Grande Mosquée de Damas, 706-712
[10] Santa Maria dei Fiore, Italie, Florence, 1296
[11] Selon Sibt ibn al-‘Ajami (mort en 1479), Les trésors d’or, Beyrouth : Institut français de Damas, 1950, p.80.
[12] L’Arc de Ctésiphon et l’îwân de Taq-i-Bûstan constituent des prototypes de ce type d’agencement.
[13] Ce bâtiment appelé « le paradis » serait l’unique vestige d’un groupe de pavillons de jardin construits entre 1240 et 1260 à l’est de Mardin (Turquie).
[14] Cf Hammad, M., 2003, p. 12-13