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Fragments de plat à la descente de croix

  • Titre / dénomination : Fragments de plat à la descente de croix
  • Lieu de production : Égypte ou Syrie
  • Date / période : Fin XIIIe - début XIVe siècle
  • Matériaux et techniques : Céramique ; décor d'engobe et peint sous glaçure transparente
  • Dimensions : L. 31 cm
  • Ville de conservation : Le Caire / Athènes
  • Lieu de conservation : Musée d'art islamique / Musée Benaki
  • Numéro d'inventaire : 13174 / 823

Ces quatre tessons appartenaient à un grand plat qui aurait pu être utilisé comme patène, c’est à dire pour présenter l’hostie. Ce type d’objet liturgique étant utilisé dans les différents cultes chrétiens, ce plat servait sans doute dans l’une des communautés chrétiennes de culture arabe vivant dans le monde syro-égyptien.

La pâte jaunâtre est couverte d’un engobe blanc, sur lequel les motifs sont peints en bleu, noir, turquoise et brun, rehaussés d’engobe blanc, puis couverts d’une glaçure transparente. Cette technique du peint sous glaçure, qui se développe au XIIe siècle dans le monde syro-égyptien[1], se poursuit sous les Mamluks : une coupe du musée du Louvre[2] présente des coloris proches. Peu d’objets complets de cette période sont toutefois conservés, selon J. Soustiel. )

Les scènes animées sont rares dans la céramique mamluke. Dans le cas présent, c’est sans doute le contexte chrétien du plat qui explique la représentation figurée. Racontée dans les quatre évangiles canoniques et dans d’autres, apocryphes, la descente de Croix est en effet une scène spécifiquement chrétienne, puisque l’islam ne reconnaît pas la Crucifixion[3]. Cet événement n’a été mis en image que relativement tard, sans doute en raison de son caractère narratif, et non liturgique. Les premières représentations ont sans doute été réalisées dans le monde byzantin ; en Occident, ce n’est pas avant la période carolingienne que cette iconographie a cours. Elle se développe ensuite pendant la période médiévale, mais sera surtout largement utilisée dans le contexte de la Contre Réforme, au XVIIe siècle. 

Outre la Vierge et le Christ, sont présents Joseph d’Arimathie, qui soutient le corps, trois saintes femmes et saint Jean. La forme de la croix, la présence des anges pleurant à la partie supérieure et la disposition générale des personnages font référence à des modèles byzantins. La grande tendresse exprimée par la Vierge, qui appuie sa joue contre celle de son fils, fait écho au style pathétique développé dans l’empire à partir des fresques de Nerezi (1164, Macédoine). Dans une fresque de la crypte de la basilique d’Aquilée (Italie), à la fin du XIIe siècle, on retrouve ce style dans une descente de croix très proche, iconographiquement, de celle de la coupe.

Stylistiquement, le peintre montre son ancrage dans la culture islamique du Proche-Orient. L’auréole pointillée existe déjà sur une céramique égyptienne du XIIe-XIIIe siècle, et les visages aux yeux en amande se retrouvent depuis le XIIe siècle au moins sur des manuscrits arabes, mais aussi sur des céramiques[4] et des métaux orientaux.

Par sa technique et son style, le tesson se situe donc dans la lignée de l’art syro-égyptien du XIIe siècle, avec des références iconographiques à l’art byzantin développé à partir 1164, et surtout dans les années 1180 - 1200. Toutefois, cette pièce date sans doute de la fin du XIIIe ou du début du XIVe siècle, étant donné ses nombreuses allusions à l’art il-khanide. La figure du saint Jean, pleurant échevelé, rappelle ainsi les personnages des scènes de funérailles d’un grand Shâh Nâme réalisé vers 1330 à Tabriz[5]. On y trouve aussi le même type de nuages sinisants, que ceux entourant les anges du plat. Ces motifs, ainsi que d’autres originaires de Chine, furent transmis à l’Égypte par le biais des échanges après la pax mongolica. Quant aux feuilles traitées en relief sur le fond, elles évoquent la série de céramique iranienne d’époque îl-khânide dite « de Sultanabad ». Quelques éléments, en particulier les auréoles pointillées et les sourcils froncés, rappellent aussi une icône réalisée probablement pour des Croisés dans les années 1280[6].

NOTE

[1] Tesson trouvé dans les fouilles de Fustât, daté fin XIIe – deb. XIIIe s. Le Caire, musée d’art islamique, 5379/25

[2] Coupe à bords évasés et décor rayonnant, Syrie, XIVe s., Paris, musée du Louvre, OA 5969

[3] Selon le Coran, complété par diverses traditions, le Christ n’est pas mort sur la Croix, il aurait été remplacé soit par un sosie, soit par un apôtre.

[4] Étoiles du palais de Kubâdâbâd, XIIIe siècle, Konya, Musée Karatay

[5] Les funérailles d’Isfandiyar, Grand Shâhnâma, Iran, années 1330, New-York, Metropolitan Museum of Art.

[6] Crucifixion sur une icône à deux faces, v. 1280, Égypte, Sinaï, Monastère Sainte Catherine.

BIBLIOGRAPHIE DE L'OBJET

L’Orient de Saladin, l’art des Ayyoubides, (cat. exp. Paris, Institut du monde arabe, 2001-2002), Paris, Gallimard, Institut du monde arabe, 2001. n°102 – 103, p. 118.

Philon, H, « A mamlûk deposition from the cross », in Graeco-arabica, 1983, p. 265 – 274.

La céramique égyptienne de l’époque musulmane, Bale, Compagnie Suisse d’art graphique, 1922, pl. 123.

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

De la Croix, A.-M. ; Zabbal, F., Icônes arabes, art chrétien du Levant, (cat. exp. Francfort, Ikonen Museum, 2002-2003, Paris, Institut du monde arabe, 2003), Méolans-Revel, éditions grégoriennes, 2003. 

Duchet-Suchaux, G., La Bible et les Saints, guide iconographique, Paris, Flammarion, 1990.

Réau, L., Iconographie de l’art chrétien, II, 2 Iconographie de la Bible, nouveau testament, Milwood, Kraus Reprint, 1988. 

Soustiel, J., La céramique islamique, Fribourg, Office du livre, 1985.

Thomas, T.K., «The arts of Christian Communities in the Medieval Middle East», in Evans, H.C. (ed.), Byzantium, Faith and Power, (cat. exp. New-York , Metropolitan Museum of Art, 2004), New-York, The Metropolitan Museum of Art, 2004.



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