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Icône bilatérale/ Mère de Dieu Hodigitria – Le Baptême du Christ

Approche scientifique

  • Titre / dénomination : Icône bilatérale/ Mère de Dieu Hodigitria – Le Baptême du Christ
  • Lieu de production : Liban,
  • Lieu de découverte : Monastère de Kaftoun, région de Batroun, Liban
  • Date / période : XIe ou XIIIe siècle
  • Matériaux et techniques : Bois ; décor peint a tempera sur enduit
  • Dimensions : H. 111 cm ; L. 80 cm
  • Ville de conservation : Kaftoun
  • Lieu de conservation : Monastère de Kaftoun
  • Inscription :

    Mère de Dieu Hodigitria : en grec – Le Baptême du Christ : en syriaque, grec et arabe

Dans le cadre de l’exposition « Icônes du Liban » organisée en 1996 par la Mairie du Ve arrondissement et le Centre Culturel du Panthéon, cette icône bilatérale « La Mère de Dieu Hodigitria / le Baptême du Christ » du monastère de Kaftoun au Liban, a été examinée et restaurée au Centre de Recherche et de Restauration des Musées de France (C2RMF) par Nicole Delsaux (couche picturale).

Le cadre de cet icône comporte un décor de médaillon tout à fait exceptionnel dont l’iconographie suggère une datation comprise entre le XIe et le XIIIe siècle. Cependant, l’aspect verdâtre du cadre nécessitait une étude approfondie avant de prendre des décisions pour sa restauration. Afin de comprendre la technologie picturale employée, la nature des matériaux utilisés a été identifiée sur des coupes stratigraphiques par la microscopie électronique à balayage (MEB) couplé avec un système de micro-analyse X[1]. Les principaux résultats sont décrits dans ci-dessous.

Le support est composé de deux planches de bois résineux. Une toile a été utilisée sur toute la face de la « Mère de Dieu Hodigitria ». Sur cette toile, une couche de préparation d’environ 1 mm a été employée. Celle-ci est caractéristique des préparations utilisées sur le pourtour de la Méditerranée : sulfate de calcium lié à la colle protéinique. La même technique semble avoir été employée pour les éléments en or du revers le Baptême du Christ (auréoles, nimbes etc...).  Des inscriptions grecques rouges sont écrites sous les deux anges latéraux entourant la Vierge et l’enfant. Le manteau de la vierge est réalisé avec un mélange de pigments : l’hématite et le vermillon. En revanche, un pigment bleu rare et coûteux, le lapis-lazuli, a été employé pour le bonnet de la vierge, le vêtement du Christ et l’habit de l’ange. Ce même pigment a été utilisé pour l’icône au revers.

Le panneau de cette icône a été creusé et les bords surélevés servant de cadre ont été décorés de petits médaillons moulés. Les décors en relief en « gesso » sont fixés par un adhésif à la colle de peau sur la préparation du cadre. L’ornementation est complétée par une feuille d’étain présente également sur le bord du cadre du revers. Lors d’une intervention postérieure non documentée, une feuille de « bronzine » (alliage cuivre-zinc de couleur jaune) a été fixée à l’aide d’un adhésif à base d’huile pour donner un aspect doré et masquer les usures du décor. Des composés d’un vert intense se sont alors développés sur la bordure de l’icône.

Afin de comprendre le processus de formation de ces produits d’altération, un arsenal de techniques d’analyses physico-chimiques a été utilisé: la spectrométrie infrarouge à transformée de Fourier (IR-FT) et la chromatographie en phase gazeuse couplée à la spectrométrie de masse (GC/MS) ont permis de mettre en évidence les composés organiques présents dans les produits d’altération. Enfin, la résonance paramagnétique électronique (RPE) a permis de préciser le degré de coordination de l’ion cuivre dans les composés présents dans la bordure de l’icône. Les données obtenues indiquent que la couche verdâtre du cadre est formée d’un mélange de complexes cuivriques d’acides gras analogues à ceux obtenus par action d’un acide gras sur le vert de gris ou sur le cuivre métallique. Ces acides gras proviennent en fait de l’adhésif à l’huile qui avait été utilisé pour appliquer la feuille de « bronzine » sur les bordures de l’icône lors d’une intervention postérieure.

Ainsi, le cuivre contenu dans la feuille métallique a réagi avec l’huile de mixtion et a entraîné la formation de la coloration verte à la surface du cadre en relief de l’oeuvre. Ces composés verts n’étant pas d’origine, la restauration a pu les éliminer pour retrouver la pureté du décor, certes en partie usé, d’une oeuvre particulièrement vénérable. Les procédés d’altération de cette oeuvre dépendent particulièrement des conditions de conservation.

NOTE

[1] Etude réalisée par Elisabeth de Brevern Joukoff au C2RMF en 1994.

BIBLIOGRAPHIE DE L'OBJET

Comblies-Sonkes, M., Serk-Dewaide, M., Goetghbeur, N., Kockaert, L., « Le reliquaire en bois de Sainte Petronille à Rekem et ses textiles anciens ». Etude et Conservation. Bulletin de l’IRPA, 91, 1990, p. 153

Delsaux, N., « A propos de l’exposition « Byzance », quelques exemples de Restauration d’icônes », Revue du Louvre, 5/6, 1992, p. 86-93

Delsaux, N., « La technologie et la restauration des icônes », Conservation-restauration et techniques d’exécution des biens mobiliers, Périer-d’Ieteren C. et Gesché-Koning N. (ULB, Bruxelles), 2000, p. 27-47

Gunn, M., Martin, E., « Mécanisme d’altération d’un alliage cuivreux en présence d’un liant cuivreux », Art et chimie la couleur, Actes du congrès, CNRS Editions (Paris), 1998

Catalogue d’exposition

Icônes du Liban, cat. exp., Paris, 1996, p. 21-27



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