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Plaque de cuivre émaillé « saint Nicolas couronne Roger II de Sicile »

  • Titre / dénomination : Plaque de cuivre émaillé « saint Nicolas couronne Roger II de Sicile »
  • Auteur : Non déterminé
  • Date / période : Vers 1139
  • Matériaux et techniques : Gravure sur cuivre et émail champlevé
  • Dimensions : H. 24,4 cm ; l. 23,4 cm.
  • Ville de conservation : Bari, Trésor de la basilique Saint-Nicolas
  • Lieu de conservation : Ciborium de la basilique Saint-Nicolas de Bari
  • Inscription :

    En haut à gauche: «RO/GE/RIUS/REX» et au milieu en haut: «SCS NICOLAVS».

 

La plaque émaillée représentant Roger II couronné par saint Nicolas est conservée aujourd'hui dans le trésor de la basilique Saint-Nicolas de Bari. Elle se trouvait à l'origine sur la poutre avant du ciborium de l'église. Le message politique apparaissait ainsi très clairement dès l'époque de Roger II de Sicile (r. 1095-1154), couronné en 1130 avec l'accord de l’antipape Anaclet II : non seulement Roger avait triomphé de la coalition menée par Innocent II jusqu'en 1139, mais il se mettait en plus sous la protection de saint Nicolas, l'un des grands saints de la chrétienté, vénéré aussi bien en Orient qu’en Occident et dont les reliques se trouvaient dans la basilique de Bari depuis 1087.

Le nom et la fonction des personnages sont inscrits en latin au-dessus de leur tête, en quatre syllabes verticales pour Roger (« RO/GE/RIUS/REX ») et en une ligne pour saint Nicolas (« SCS NICOLAUS »).

Les deux personnages ont la même taille et sont représentés debout, de face. Leur position est presque symétrique : Roger tient dans la main droite le labarum (à l’origine, l'étendard militaire portant le symbole chrétien de la croix adopté à partide Constantin Ier par les empereurs romains) et saint Nicolas une crosse dans la main gauche. Leurs gestes se répondent également : Rogr er tient le globe dans la main gauche, tendue vers saint Nicolas, tandis que ce dernier pose une couronne sur la tête de Roger, le bras levé et tendu. Cette harmonie des gestes souligne la grande maîtrise technique de cette oeuvre, ainsi que son aspect esthétique. Les attributs du roi Roger (globe, labarum et loros, une large écharpe brodée enroulée autour du corps et dont un pan retombe sur le bras gauche) correspondent aux schémas impériaux byzantins tandis que la crosse de saint Nicolas appartient au répertoire latin.

Seuls les pieds de Roger sont décorés avec de l'émail bleu tandis que saint Nicolas est vêtu de bleu et porte une auréole blanche ; la croix en bas du pallium (une petite étole de laine portée par le Pape et certains dignitaires de l’Église), les chausses et la crosse sont également de couleur blanche. Le bas du pallium et le revers du manteau sont en cuivre gravé ; les traits forment des hachures fines, ce qui constitue un contraste avec l'emploi de l'émail. Le traitement des visages témoigne d'une grande finesse d'exécution : on distingue aisément les rides sur le front de saint Nicolas et autour de la bouche de Roger ; la barbe bifide du roi est aussi souple que ses cheveux. Les plis du manteau de Roger sont fluides sous le bras droit du roi et anguleux sous l'autre bras, ce qui donne du volume au personnage. Les détails sont également très soignés, comme la couronne de Roger et la représentation des pierres précieuses qui l'ornent, ou comme le motif à accolades qui décore le loros de Roger. Le contraste formé entre l’émail coloré et la gravure contribue à l’aspect dynamique de la scène du couronnement.

La technique exceptionnelle dont témoigne cette plaque en cuivre émaillée pose le problème du lieu de production, en rapport avec la datation, située vers 1139. Sans cette date, on pourrait attribuer l'œuvre presque sûrement aux ateliers limousins dans lesquels la technique de l'émail champlevé sur cuivre a été développée au plus haut point (les cloisons ne sont plus rapportées mais réservées dans l'épaisseur de la plaque de cuivre) ; Limoges ne devient cependant un grand centre de production qu'à la fin du XIIe siècle. Cette plaque de cuivre émaillée à l'iconographie originale pourrait avoir été fabriquée dans l’atelier royal de Palerme, avec des maîtres venus d'Occident comme d'Orient, les Arabes et les Byzantins étant également réputés pour leur savoir-faire en matière d'émaillerie.

BIBLIOGRAPHIE DE L'OBJET

Brodbeck S., Les saints de la cathédrale de Monreale. Iconographie, hagiographie et pouvoir royal, Sicile, fin du XIIe siècle, collection de l’École Française de Rome (2010 sous presse), fiche n°134

Seipel W. (éd.), Nobiles Officinae. Die königlichen Hofwerkstätten zu Palermo zur Zeit der Normannen und Staufer im 12. und 13. Jahrhundert, Catálogo de exposición, Viena-Palermo, 2004, notice n° 10, p. 165-167



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