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La cathédrale grecque de Nicosie

Bedestan

  • Nom : La cathédrale grecque de Nicosie
  • Lieu : Nicosie, Chypre
  • Date/période de construction : VIe-XVIe siècle
  • Matériaux de construction : Pierre calcaire
  • Décor architectural : Mixte
  • Destinataire/mandataire : Evêque grec de Nicosie

Au sud du parvis de la cathédrale latine Sainte-Sophie s’élève une église en ruines, ancien marché à l’époque ottomane (bedestan)[1]. Elle est clairement mentionnée au XVIe siècle comme cathédrale grecque. Cependant les origines et l’histoire du monument sont relativement  obscures en l’état actuel de la documentation.

La tradition place à cet endroit la première cathédrale grecque remontant à l’Antiquité tardive. Cependant, la cathédrale primitive pouvait tout aussi bien se situer à l’emplacement de la cathédrale latine Sainte-Sophie, comme semble le prouver la conservation du vocable grec pour l’édifice latin ainsi que les chapiteaux byzantins remployés dans ce monument. Les vestiges de l’église retrouvée sous le bedestan constitueraient alors la seconde église d’un groupe épiscopal[2] remontant à l’Antiquité tardive. En effet des fouilles menées en 1937 ont mis au jour les fondations d’une abside en avant de l’abside centrale actuelle ainsi que d’une absidiole au nord. En outre, un pavement en opus sectile, dans l’abside centrale, a pu être daté du VIe siècle, ce qui confirme la présence d’un édifice de l’Antiquité tardive.

On ne connaît pas précisément l’histoire du monument durant la domination des Lusignan, même s’il y a tout lieu de penser qu’il était déjà la cathédrale grecque, toutefois ce n’est que durant l’époque vénitienne que les récits de voyageurs font clairement état d’une cathédrale dédiée à la Vierge et/ou à Saint-Nicolas, selon les sources[3].

À l’époque ottomane, après 1570, l’édifice avait cessé d’être cathédrale en raison de la proximité immédiate de Sainte-Sophie, devenue la grande mosquée. Il est alors transformé en un marché, le Bedestan, ce qui a entraîné d’importantes restructurations sur le monument qui présentait toujours une belle allure au XVIIe siècle, selon les voyageurs. Au XIXe siècle, il servit de grange. Sous l’administration anglaise, le projet d’en faire une église anglicane fut repoussé car l’édifice était trop près de la mosquée Sainte-Sophie, ce qui aurait été contraire à l’islam. Enfin, d’importantes restaurations ont été effectuées au XXe siècle pour dégager le monument ancien.

L’église présente d’importantes irrégularités, tant dans son plan que dans sa structure. La nef centrale est flanquée d’un collatéral simple côté nord et, au sud, de deux bas-côtés plus étroits et plus courts. Cette dissymétrie est en réalité le fruit de plusieurs reconstructions partielles successives, depuis le monument du VIe siècle, jusqu’à une importante campagne de l’époque vénitienne au XVIe siècle. Il existe au moins trois campagnes : les deux petites absidioles sud sont les plus anciennes et peuvent appartenir à l’édifice du VIe siècle[4]. L’absidiole nord, intacte, correspond à la période des Lusignan, de même qu’une grande part des autres structures existantes qui portent, elles, les traces de gros remaniements de l’époque vénitienne. Le flanc nord, avec les trois portails sculptés, mêle une ornementation d’inspiration Renaissance à des imitations des portails du XIVe siècle de la cathédrale Sainte-Sophie voisine. Ainsi, il apparaît clairement qu’une grande reconstruction avait été entreprise sous l’administration vénitienne. L’interruption brutale du chantier, resté inachevé, pourrait trouver son explication par le siège de Nicosie par les Ottomans en 1570.

NOTE

[1] Les ruines de l’édifice font l’objet d’une grande restauration financée par l’Union européenne.

[2] Selon la définition que l’historien Jean Hubert en avait donné : deux cathédrales jumelles accompagnée d’un baptistère constituant un « groupe épiscopal ».

[3] Le linteau d’un des portails nord présente une figure de saint Nicolas du XVIe siècle, ce qui avait amené Camille Enlart à supposer à tort qu’il s’agissait d’une église appartenant à l’ordre de Saint-Thomas de Canterbury -Saint-Nicolas des Anglais. L’ordre avait d’ailleurs quitté Chypre à la fin du  XIVe siècle.

[4] Cet édifice primitif à cinq nefs serait alors du même type que la basilique Saint-Epiphane de Salamis, avec un chevet constitué d une large abside centrale flanquée de chaque côté de deux étroites absidioles.



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