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Plat au bateau

  • Titre / dénomination : Plat au bateau
  • Lieu de production : Tunis, Tunisie
  • Date / période : XIVe - XVe siècle
  • Matériaux et techniques : Céramique à pâte argileuse, décor peint sur glaçure opaque
  • Ville de conservation : Tunis
  • Lieu de conservation : Musée Sidi Qasim al-Jalizi
  • Numéro d'inventaire : 20B

Ce plat façonné dans une pâte rose accuse une forme évasée à paroi légèrement bombée et à profil arqué. Le bord est éversé. Ses deux faces sont couvertes d’une glaçure opacifiée blanc crème. Le décor est réalisé principalement en bleu profond et le brun de manganèse étant employé pour cerner le bord de la pièce. Cette gamme chromatique aux couleurs un peu sourdes est proche de celle utilisée à la même époque en Syrie et en Égypte.

Un navire aux voiles gonflées, dont les cordes sont présentées sous forme de traits, est figuré sur un fond meublé de pointillés et de fins rinceaux végétaux. Un matelot, surmonté d'un oiseau marin stylisé, apparait dans l'embarcation. Dans la partie inférieure sont disposées deux rangées de poissons stylisés en forme d’arabesques. 

Le thème du navire se retrouve également sur une autre pièce provenant de la qasaba[1], mais il ne s’agit pas de la même embarcation, ce qui montre une utilisation assez fréquente de ce motif.

Les techniques de fabrication et les couleurs de cette pièce sont très proches des productions analogues réalisées dans tout le Maghreb et en Espagne musulmane. Rien pour l’instant ne permet de distinguer une pièce de Marrakech du XIIIe siècle d’une autre de Tunis, de Tlemcen ou de Valence produite à la même période. Ceci dénote l’unicité artistique de cette aire géographique et traduit l’intensité des relations commerciales tissées entre ces différentes contrées. D'ailleurs, le bleu des céramiques hafsides est à base d'oxyde de cobalt, produit inexistant en Ifriqiya qui doit provenir sans doute du Maroc ou d’Allemagne, grands fournisseurs de ce minerai. Ce fait n’exclut pas néanmoins l’existence de productions spécifiques à telle ou telle région.
Une fabrication locale de cette pièce est vraisemblable, malgré les ressemblances avec les productions andalouses. La parenté avec de nombreuses pièces élaborées dans ces différentes régions est encore accentuée par l’utilisation du thème du navire, thème commun à tout le bassin méditerranéen du Moyen Age à l'époque moderne, traduisant l'importance de cette mer, source de richesses et d'échanges mais aussi que symbole d'aventures et de découvertes. Ce thème se retrouve ainsi sur des pièces de céramique italiennes, andalouses, maghrébines, égyptiennes[2], voire syriennes. Un des plus anciens prototypes est sans doute le plat lustré au bateau du Xe siècle découvert à Bahnassa en Égypte[3]. Le baccino au bateau vert et brun provenant d’un mur de l'église de San Piero Grado à Pise, probablement produit dans les ateliers de Majorque[4], constitue également un exemple précoce de l’utilisation de ce motif. Une autre coupe[5], présentant une barque sans voiles avec huit rameurs, semble être d'origine ifriqiyenne ou de Majorque. Le thème du bateau devient plus fréquent sur les céramiques andalouses des XIVe-XVe siècles. On peut ainsi l’observer sur un bol lustré représentant un navire surmontant un poisson, produit à Valence et conservé à Berlin, ainsi que sur une coupe à reflets métalliques du IXe siècle ornée d’un bateau chrétien, exposée au Victoria and Albert Museum de Londres (inv. 486-1864).

Remarquons aussi la présence sur ce plat du motif du poisson, qui possède un caractère  prophylactique certain. Très ancien dans le répertoire décoratif tunisien, en particulier depuis l’époque chrétienne, il sera réutilisé dans le décor de la coupe aux poissons trouvée au Cap Bon, à Henchir Tollout de Bir Drasen, datable très probablement de l’époque almohade (XIe-XIIe siècles). Il apparait également dans l’iconographie fatimide[6] et des siècles plus tard dans la production ottomane d’Iznik.

NOTE

[1] Plat au bateau, céramique argileuse à décor peint sur glaçure opacifiée, Tunis, fouilles de la qasaba, XIVe-XVe s., Tunis, musée de Sidi Kacem al-Jalizi, inv. A.38.

[2] Un tesson égyptien orné d’un bateau, datant de la fin du XIIe-début du XIIIe, en pâte siliceuse à décor peint sous glaçure transparente, fut découvert lors des fouilles de Fustât[2], et est actuellement conservé au musée d'art islamique du Caire (inv. 5379/25).

[3] Le Caire, musée d’art islamique, inv. 7900.

[4] Baccino au bateau, Majorque, Espagne, début XIe s., céramique argileuse à décor glacé sur engobe ou glaçure ( ?), Pise, Muzeo nazionale di San Matteo, inv. 19.

[5]Début XIe s., Pise, Muzeo nazionale di San Matteo, inv. 59.

[6] Filtre de gargoulette aux poissons, Égypte, XIe-XIIe s., terre cuite à décor ajouré, Le Caire, musée d’art islamique, inv. 6951/2.

BIBLIOGRAPHIE DE L'OBJET

Tunisie : du  christianisme à l’islam. IVe- XIVe siècle, (cat.exp., Lattes, musée archéologique, 2001), Lattes, Landes, Ben Hassen, 2001, p. 188, n° 94.

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

Les Andalousies, de Damas à Cordoue, (cat. exp., Paris, Institut du monde arabe, 2000), Paris, IMA, Hazan, 2000, p. 277.



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