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Wakala du sultan Qânsûh al-Ghawrî

  • Nom : Wakala du sultan Qânsûh al-Ghawrî
  • Lieu : Le Caire, Égypte
  • Date/période de construction : 1504-1505
  • Matériaux de construction : Pierre, brique
  • Décor architectural : Pierre sculptée, bois tourné, sculpté et gravé

Cette wakala, établissement urbain[1] à vocation commerciale et d’habitation, est construite près du complexe funéraire du sultan Qânsûh al-Ghawrî (r. 1501-1516) ; ses revenus en assuraient le fonctionnement.

L’entrée principale est inscrite dans un grand arc trilobé au dessin caractéristique de l’architecture mamluke contemporaine, en particulier de celle du règne de son commanditaire[2]. Aux angles, des muqarnas sont disposées dans des pendentifs et dans la niche supérieure, où ils constituent une double frise. L’arc est inséré dans un cadre rectangulaire délimité par une bande sculptée d’entrelacs géométriques. Cette organisation évoque l’art seljuqide d’Anatolie, à la fois dans la netteté du travail et dans le choix du motif.

La cour, avec sa fontaine centrale en marbre, était un lieu privilégié de rencontres et de discussions. Elle donnait accès, par l’intermédiaire d’arcatures brisées sur piliers, à vingt salles voûtées destinées aux tractations commerciales entre marchands venus souvent d’horizons lointains. Le premier étage était occupé par des salles semblables. Les deux niveaux supérieurs construits en briques sont accessibles par une entrée distincte à l’ouest. Ils illustrent l’autre fonction de la wakala : l’hébergement. Des appartements en duplex y étaient aménagés. Entre les deux niveaux, une zone intermédiaire était dévolue aux cuisines et aux pièces de stockage. Comme dans les habitations privées du Caire, le niveau inférieur était destiné aux pièces de réception et aux latrines, tandis que le haut constituait l’espace privé. Au Caire, la wakala construite par le sultan Qâ ‘it Bay (r. 1468-1496) en 1480, aujourd’hui disparue, constitue le modèle de ces établissements.

Les bâtiments à vocation commerciale et d’hébergement étaient déjà répandus en Orient à l’époque achéménide (550-330 av. J.C.). La tendance perdura après la conquête islamique, et l’on peut observer le développement d’une véritable chaîne de caravansérails situés tous les trente kilomètres[3] sur les routes[4] ou dans les lieux de tractations commerciales en ville. Ces fondations trouvent des échos en Occident, par exemple à Venise, où le fondaco[5] (terme hérité de l’arabe funduq) dei Tedeschi, reconstruit à la même période que la wakala d’al-Ghawrî le long du Grand Canal, présente un plan tout à fait comparable.

Des moucharabieh de bois en saillie, soutenus par des consoles de bois, occupent la partie supérieure de la façade. Les niveaux inférieurs sont animés par des fenêtres à jalousies de bois et à persiennes mobiles permettant de voir à l’extérieur sans être vu. Toutes ces ouvertures se retrouvent aux différents étages de la wakala. La même disposition est adoptée autour de la cour intérieure ; l’intimité des habitants était ainsi préservée en même temps que le contact avec d’autres occupants était rendu possible. Le travail du bois fut un domaine d’excellence des arts décoratifs mamluks et une spécialité de la ville du Caire : les vingt-neuf moucharabieh de la façade ainsi que les fenêtres à jalousie et les persiennes en constituent un des rares exemples de cette époque encore en place[6]. On peut ainsi imaginer la physionomie générale des bâtiments civils de la ville, animés par ces pièces de bois qui procuraient à la fois ventilation, ombre, et intimité.

La wakala a récemment été aménagée en Centre pour la conservation des artisanats traditionnels. Cette réhabilitation d’un bâtiment historique pour un usage contemporain, très courante en Turquie et en Iran, constitue probablement un exemple à suivre, pour espérer conserver au moins une partie de ces bâtiments commerciaux, qui étaient environ quatre cent à la fin de la période ottomane, la plupart dans un état d’abandon et de délabrement avancés.

NOTE

[1] La terminologie des bâtiments commerciaux du monde islamique varie selon les régions. Dans le monde iranien et anatolien, on parle plutôt de khân tandis qu'au Maghreb, c'est le mot funduq qui est le plus couramment employé.

[2] Cf. Bâb al-Badistan (1511) ou encore l’entrée de la mosquée du sultan al-Ghawrî (1504).

[3] Ces trente kilomètres correspondent à la distance parcourue par une caravane en une journée.

[4] Les Seljuqides d’Anatolie (1077-1307) édifièrent des dizaines de khân sur leur territoire, dont Sultan Han (1229) sur la route de Konya à Aksaray.

[5] Le Fondaco dei Tedeschi destiné aux négociants allemands fut en effet reconstruit après l’incendie de 1505. La disposition disparate de l’ancien bâtiment laissa place à un bâtiment organisé rationnellement autour d’une cour centrale. 

[6] Par contre, des moucharabieh du XIXe et du XXe siècles peuvent être observés partout dans les rues du Caire.

BIBLIOGRAPHIE DU MONUMENT

Behrens-Abouseif, D., Islamic architecture in Cairo, an introduction, Leyde : E. J. Brill, 1989, p. ?

Blair, S.S. ; Bloom, J., The Art and Architecture of Islam, 1250-1800, Yale University Press, 1994, p.95.

Wakala d’al-Ghawrî [en ligne]. Disponible sur <http://www.touregypt.net/ghuriwakala.htm>, (consulté le 15 octobre 2007).

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

Blair, S.S. ; Bloom, J., The Art and Architecture of Islam, 1250-1800, Yale University Press, 1994, p. 110.

Venise et l’Orient, 828-1797, (cat. exp., Paris, Institut du monde arabe, 2006), Paris : Institut du monde arabe/Gallimard, 2006, p. 73-89.



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