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-Inscription principale autour de la base du couvercle en kufique fleuronné, à hampes en biseau :
« Au nom d’Allâh. Bénédiction d’Allâh,
prospérité, félicité et exaucement des
vœux s’enracinant dans des œuvres pieuses,
suspension du moment désigné pour la mort du hâjib Sayf al-Dawla, ‘Abd al-Malik,
fils d’al-Mansûr à qui Dieu concéda
le succès. [Ceci fait partie] de ce dont la réalisation a été ordonnée
sous la supervision du page
principal
Zuhayr b. Muhammad al-‘Amirî, son
esclave
L’an trois cent quatre-vingt
quinze. »
-Inscription à l’intérieur du couvercle : « Ceci est l’œuvre de Faraj et de ses disciples ».
-Face du coffret : sur le trône princier du cartouche droit de la face du coffret : « Misbâh »
-Revers du coffret : sur le bouclier du chasseur du médaillon central de l’arrière : la signature « Khayr » et « Au nom de Dieu, bénédiction de Dieu, félicité et prospérité ». Sur le médaillon latéral gauche, sur la croupe des chevaux, la signature du sculpteur « …md ‘Âmir[î] ».
-Faces latérales : sur la croupe d’un cerf et d’une gazelle ou d’une antilope, le nom du sculpteur : « Sa‘âd » ou « Sa‘abada » sur le médaillon de droite, « Rashîd » sur celui de gauche.
-Sur le côté droit du couvercle, sur le mollet du chasseur de droite, la signature « Faraj ».
Ce coffret, réalisé pour ‘Abd al-Malik al-Muzaffar, semble avoir été commandé afin de célébrer sa victoire obtenue en 1004-1005 sur le royaume de Léon, à l’issue de laquelle il reçu du calife Hishâm II le titre de Sayf al-Dawla (« sabre de l’État »). Le coffret fut utilisé pendant plusieurs siècles dans le monastère de Leyre pour conserver les reliques des saintes Nunilona et Alodia ; par la suite, il fut transféré à l’église S. María la Real de Sigüenza et plus tard au trésor de la cathédrale de Pampelune.
Rectangulaire, il est surmonté d’un couvercle en forme de toit taluté. Un ruban tressé ininterrompu dessine vingt et un médaillons : treize sur le couvercle, dix sur le corps de la pièce. Les médaillons sont entourés de motifs végétaux, d’oiseaux, d’animaux et de personnages.
Les trois médaillons du devant présentent des scènes de cour. Sur celui de droite, une figure barbue et moustachue, tête nue, est assise sur un trône soutenu par deux lions. L’homme porte un anneau à l’auriculaire gauche et une petite bouteille ; dans sa main droite, une sorte d’épi. Il pourrait s’agir du calife régnant[1], flanqué de deux auxiliaires. Le médaillon central présente trois musiciens assis portant un luth, une corne et une flûte double. Sur le médaillon de gauche, deux hommes sont assis sur un trône soutenu par deux lions, de part et d’autre d’un axe végétal stylisé. L’arrière du coffret est occupé au centre par un médaillon orné d’un chasseur qui se défend, debout, armé d’un bouclier, contre deux lions. Des scènes de lutte occupent les médaillons latéraux. Les panneaux latéraux portent chacun deux médaillons : les uns enserrent des animaux mythiques affrontés (griffons et licornes), les autres, des quadrupèdes à longues cornes attaqués par des lions.
Les deux médaillons situés au centre des panneaux avant et arrière du couvercle représentent des cavaliers chasseurs. Les médaillons qui flanquent ces deux scènes enserrent deux animaux en lutte : des lions agrippant des gazelles, un aigle de face dont les serres attrapent deux quadrupèdes. Les petits côtés du couvercle sont ornés d’un médaillon occupé par un paon. Dans les espaces laissés libres logent des chasseurs de lions et deux lions attaquant chacun une gazelle. Au sommet du couvercle se trouvent trois médaillons avec des combats d’animaux : au centre, un aigle attrape un lièvre entre ses serres ; de chaque côté, un lion agrippe une gazelle. L’ordonnance de ce décor évoque celle des textiles contemporains[2].
La présence de différentes signatures sur la pièce, les variations de composition et de style indiquent qu’il s’agit d’une œuvre d’atelier. Elle a été élaborée à partir de nombreux panneaux assemblés après avoir été sculptés. Selon R. Holod, l’atelier dirigé par Faraj fut actif une quarantaine d’années après celui associé aux oeuvres de Khalaf et de Durrî, qui a produit les ivoires de ce type, les plus anciens d’al-Andalus. La présence, sur le coffret de Leyre, de médaillons à huit lobes et de motifs végétaux similaires à ceux de la pyxide « d’al-Mughira »[3], fabriquée plus de trente cinq ans auparavant, illustre la pérennité des techniques dans les ateliers princiers. La localisation de l’inscription sur la partie inférieure du couvercle est commune à la plupart des boîtes en ivoire de cette période[4].
Les thèmes associés à la vie de cour, telles les fêtes et les parties de chasse, forment la base du langage visuel des ateliers du palais. Le choix des thèmes et leur articulation permettaient de composer un message particulier. La représentation possible du calife dans un des médaillons soulignerait la validité officielle du titre Sayf al-Dawla octroyé à ‘Abd al-Malik. Une grande partie des scènes représentées sur les médaillons et dans les interstices se réfèrent à des batailles ou à des animaux victorieux, faisant peut être allusion à la victoire d’‘Abd al-Malik.
Le travail de l’ivoire se poursuivit à l’époque des Taifas, notamment dans les ateliers de Cuenca. On possède encore quelques exemples de productions postérieures, notamment des époques almohade et nasride[5]. Dès l’époque califale, il existe des coffrets réalisés dans d’autres matériaux tel celui, en argent, dédié à Hishâm II[6]
Ce genre d’œuvre d’art peut être comparé aux ivoires byzantins et fatimides.
[1] Navascués y de Palacio, J., 1964, p. 246 ; Martínez-Gros, G. ; Makariou, S., 2000.
[2] Tel le tissu d’Oña où l’on peut voir un personnage assis portant une petite bouteille, des aigles aux ailes éployées, des éléphants…Cf. Casamar, M. ; Zozaya, J., 1991, p. 39-6.
[3] Paris, musée du Louvre, département des Arts de l’Islam, inv. OA 4068.
[4] Kühnel, E., 1971
[5] Cf. Al-Andalus:las artes islámicas en España, 1992, n° 50-52, p. 264-267.
[6] Gérone, Catedral, inv. 64.
Ferrandis, J., Marfiles Árabes de Occidente. vol 1, Madrid : Estanislao Maestre, 1935, p. 79-82.
Gómez-Moreno, M., El arte árabe español hasta los almohades, Madrid : Ed. Plus-Ultra, 1951, « Ars Hispaniae » vol. 3, Madrid, 1951.
Holod, R., « Arqueta de Leyre » in Al-Andalus: las artes islámicas en España, (cat. exp., Grenade, Alhambra/New York, The Metropolitan Museum of Art, 1992), Madrid : Ed. El Viso, 1992, p. 198-201, n° 4.
Holod, R., «Pamplona casket», in Al-Andalus : the art of Islamic Spain, (cat. exp., Grenade, Alhambra/New York, The Metropolitan Museum of Art, 1992), New York : J.D. Dodds, 1992, p. 198-201, n° 4.
Kühnel, E., Die Islamischen Elfenbeinskulpturen, Berlin : Deutscher Verlag für Kunstwissenschaft, 1971, n° 35.
Lévi-Provençal, E., Inscriptions arabes d’Espagne, Leyde : E. J. Brill, 1931, n° 204, p. 189.
Navascués y de Palacio, J., « Una escuela de eboraria, en Córdoba, a fines del siglo IV de la Hégira (XI de J.C.) o las inscripciones de la arqueta hispanomusulmana llamada de Leyre », in Al-Andalus, n° XXIX, 1964, p. 204-206.
Silva Santa-Cruz, N., « Marfiles », in Momplet Míguez, A. E. (éd.), El arte hispanomusulmán, Madrid : Ed. Encuentro, 2004, p. 244-272, en particulier p. 266-267.
Casamar, M. ; Zozaya, J., « Apuntes sobre la Yuba funeraria de la colegiata de Oña (Burgos)», in Boletín de Arqueología Medieval, n° 5, 1991.
Martínez-Gros, G. ; Makariou, S., « Art et politique en al-Andalus », in Les Andalousies. De Damas à Cordoue, (cat. exp., Paris, Institut du monde arabe, Paris, 2000) : Institut du monde arabe/Hazan, 2000, p. 72-79.