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Bouche de fontaine en forme de lion

  • Titre / dénomination : Bouche de fontaine en forme de lion
  • Lieu de production : Algérie, Qal‘a des Banû Hammâd
  • Lieu de découverte : Qala des Béni Hammad
  • Date / période : XIe - XIIe siècle
  • Matériaux et techniques : Pierre ocre sculptée
  • Dimensions : H. 12,5 cm ; L. 25,5 cm ; l. 10,5 cm
  • Ville de conservation : Sétif
  • Lieu de conservation : Musée national
  • Numéro d'inventaire : IS.244

La représentation du lion dans l’art figuratif est très ancienne, on en connaît de nombreux exemples notamment en Mésopotamie : chez les Sumériens au IVe millénaire avant notre ère, les façades s’ornaient d’imposants lions, symbole de pouvoir associé à certains souverains, souvent placé sous le trône, où prenant la forme de protomés ornant les accoudoirs. Motif important de l’iconographie princière de l'Antiquité, il était présent dans le monde gréco-romain et sassanide.

Dans le monde musulman, on le rencontre depuis la période omeyyade, comme en témoigne le lion sculpté[1] découvert dans le palais de Mchatta en Jordanie, qui présente également sur sa façade une scène au lion et aux animaux réels et fantastiques[2].

Cette bouche de fontaine provient du site de la Qal‘a, capitale des Hammadides au XIe siècle. Réalisée en pierre, elle représente un lion couché, la queue ramenée sur le flanc. Sa face à la bouche ouverte garnie de dents qui se prolongent sur les joues et aux yeux exorbités est surmontée d'épais sourcils. Sur le dos de l’animal s'étale une crinière travaillée à la manière de feuilles. La pièce est très stylisé, simple et sobre. L’ouverture au niveau de la bouche de l’animal, d'où l'eau jaillissait, témoigne de son utilisation comme bouche de fontaine, symbole du faste de la vie dans la Qal‘a des Banû Hammâd[3].

La forme de ce lion est à mettre en lien avec des pièces qui lui sont contemporaines, comme le lion du Caire[4], ou celui du Louvre produit en Espagne, qui témoignent de l’usage courant qui était fait de l’animal comme ornement de fontaines, usage prolongé par les dynasties postérieures, comme les Nasrides[5].

Dans le monde iranien, le lion est un motif très employé, éventuellement sur des objets utilitaires. Il présente parfois une certaine parenté formelle avec la bouche de fontaine algérienne. Le lion brûle-parfum du musée du Louvre[6] présente la même tête ronde et légèrement aplatie de laquelle sortent des dents pointues, surmontées d’un nez en relief et de deux yeux ovoïdes qui étaient peut-être en relief avec des incrustations de pâte de verre. Les membres sont fins et raides, pliés à l’articulation et légèrement marqués au niveau du pied.

En Orient comme en Occident, le lion est présent, sur divers supports et sous différentes formes, sculpté, gravé, peint , tissé, comme en témoigne l’étoffe aux lions de la collection Dumbarton Oaks[7]. Sur les blasons occidentaux, le lion est aussi fréquent que l’aigle. En contexte chrétien (occidental ou oriental), il est parfois rattaché à un souverain comme Louis XIV (représenté par cet animal dans les fables de La Fontaine), ou à un saint comme Marc, symbole de persévérance et de bravoure, associé à des villes comme Venise, ou motif décoratif en lien avec des scènes bibliques. La frise en pierre[8] de l’église de Chelas au Portugal, aux trois lions stylisés sur un fond de palmettes et de rinceaux témoigne des liens formels à faire entre des représentations issues de contextes culturels divers. Le lion est également très présent dans le monde juif où c’est un motif ornemental très fréquent, associé à des lampes de Hanukka ou aux rouleaux de la Thora, symbole de la tribu de Juda.

Ces œuvres conçues dans un but esthétique mais surtout fonctionnel font usage du lion qui, dans les deux cultures, orientales et occidentales, est majoritairement associé à des valeurs positives. Il est étonnant de remarquer la similitude formelle de certaines représentations, qui peuvent s’expliquer par le mouvement des œuvres, des modèles et des artistes.

NOTE

[1] Fontaine au lion sculpté, VIIe-VIIIe siècle, Berlin, Museum für Islamische Kunst.

[2] Les bains de Khirbat al-Mafjar présentent également au niveau de la façade une statue en ronde bosse du souverain debout sur un socle porté par deux lions.

[3] Vassaux des Fatimides qui régnèrent pendant plus d’un siècle avant d’être vaincus par les Almohades.

[4] Statuette de lion en bronze, Égypte, XIe-XIIe siècles, Le Caire, Musée d’Art islamique, inv. 4305.

[5] Comme en témoigne la bouche de fontaine en forme de lion du maristân de Grenade (XIVe siècle, marbre, Grenade, Museo de la Alhambra, inv. 10219-10220) ou la fontaine de la cour des lions de l’Alhambra.

[6] XIe-XIIe siècle, Iran, Khurasan, bronze coulé, décor ajouré et gravé, incrusté de pâte de verre, Paris, musée du Louvre, inv. AA 19.

[7] Etoffe aux lions et aux chevaux, seconde moitié du IVe siècle, Washington, Dumbarton Oaks Collection, n° 39.13.

[8] Frise ornementale aux lions affrontés, Portugal, provenant du couvent de Chelas, , IXe-Xe siècles, calcaire, Lisbonne, Museu Arqeologico do Carmo, s.n.

BIBLIOGRAPHIE DE L'OBJET

L'Algérie en héritage : art et histoire, (cat. exp. Paris, Institut du monde arabe, 2003 – 2004), Paris : Institut du monde arabe/Actes Sud, Paris : 2003, p. 298-299, n° 222.

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

 Bourouiba, R., Les H‘ammadites, Alger : Entreprise nationale du livre, 1984.

Golvin, L., Recherches archéologiques à la Qal'a des Banû-Hammâd, Paris : G.-P Maisonneuve et Larose, 1965.

Marçais, G., L'art musulman, Paris : PUF, 2e éd., 1962.

Pujo, N., (dir.), Venise et la Vénétie, Paris : Hachette Livre, 2006.

Les centres urbains au Maghreb central, (cat. exp. Alger, 2007), Alger : 2007.

Le Lion de Venise : études et recherches sur la statue de bronze de la Piazzeta, Venise : Albrizzi Editore de Marsilio, 1990.



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