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Plaque aux dragons

  • Titre / dénomination : Plaque aux dragons
  • Lieu de production : Anatolie, Syrie ou Egypte
  • Lieu de découverte : Egypte, Le Caire, complexe d’al-Mu’ayyad Sayf al-Dîn Shaykh
  • Date / période : XIIIe ou début du XVe siècle
  • Matériaux et techniques : Marbre ; décor sculpté en bas-relief
  • Dimensions : H. 92 ; L. 73 cm
  • Ville de conservation : Le Caire
  • Lieu de conservation : Musée d'art islamique
  • Numéro d'inventaire : 1120
  • Inscription :

    En arabe, dans la partie supérieure, en graphie à hautes hampes.

  • Traduction :

    « Le sultan magnifié »

Sur cette grande plaque de marbre sont représentés deux dragons affrontés aux corps entrelacés, surmontés d’une inscription dans une graphie à hautes hampes mentionnant un sultan anonyme. L’iconographie du dragon est utilisée dans de nombreuses parties du monde dès avant l’islam. Si sa connotation en Occident est souvent maléfique (plusieurs saints et archanges combattent des dragons)[1], en Extrême-Orient, il est depuis longtemps un animal de bon augure, associé à l’eau, mais aussi, en Chine, au ciel et à la personne de l’empereur[2]. Issu de ces deux traditions, le dragon en Islam est un animal ambivalent, parfois protecteur, parfois lié à des forces mauvaises. Il peut aussi revêtir une symbolique astrologique, en liaison avec la lune et ses éclipses. Cette symbolique cosmique est principalement présente dans le monde turc.

Avec leur long corps sinueux, leurs ailes, leurs petites pattes, leurs babines retroussées  et leurs oreilles, les dragons de la plaque du musée du Caire suivent la tradition turque, arrivée au Proche-Orient au XIIe siècle, avec les invasions seljuqides. Ces animaux se rencontrent dans le décor architectural (sculptures[3], heurtoirs de portes[4]) où ils semblent alors revêtir une symbolique prophylactique, aussi bien en Anatolie qu’en Syrie[5] et en Iraq[6]. L’organisation de la plaque, divisée en deux parties, rappelle également des œuvres seljuqides, comme une sculpture provenant de la citadelle de Konya[7].

Si cette plaque semble avoir été réalisée en Anatolie seljuqide, sa provenance peut paraître étonnante : elle faisait en effet partie du cénotaphe du sultan mamlûk al-Mu’ayyad qui a régné sur l’Égypte et la Syrie de 1412 à 1421. Les remplois dans l’Egypte mamlûke sont certes fréquents, en particulier pour le marbre, pierre luxueuse, rare et très prisée. Celui-ci est souvent récupéré sur des monuments antiques, en Égypte, mais aussi dans des contrées plus lointaines comme la Syrie, où le sultan a mené plusieurs campagnes. Il est donc possible que la plaque du Caire ait été importée en Egypte après sa réalisation.

On ne peut néanmoins exclure une fabrication mamlûke. J.M. Rogers a montré qu’en Égypte au XIVe siècle, l’Anatolie seljuqide était restée un modèle pour les artistes, notamment les bâtisseurs de la mosquée de Sultan Hasan, qui aurait été ensuite « le modèle à dépasser », en particulier dans la mosquée d’al-Mu’ayyad (1420). Il est donc possible que l’artiste ait souhaité imiter un modèle anatolien. Les figures des dragons affrontés se retrouvent également sur un jeu de cartes mamlûk datable du XVe siècle[8].

L’épigraphie utilisée arguerait dans ce sens : les graphies à hautes hampes, si elles sont parfois utilisées par les Saljukides, sont surtout employées en Égypte, dans les décorations architecturales comme sur les objets[9]. On le retrouve également dans des œuvres italiennes influencées par l’Islam, comme sur les vêtements des mages de l’Adoration, par Gentile da Fabriano[10].

NOTE

[1] Crosse avec Saint-Michel combattant le dragon, XIIIe s., émaux champlevés sur cuivre, Douai, musée de la chartreuse, A.1495.

[2] Plaque au dragon, fin de l’époque des Royaumes Combattants, IIIe s. av. J.-C., néphrite, Paris, musée Guimet MG 18435.

[3] Décor de la Gök Madrasa de Sivas, 1271, Turquie, in situ.

[4] Copenhague, David Collection, 38/1973 ; Berlin, museum für islamische Kunst, I. 2242

[5] Alep, Forteresse.

[6] Baghdad, porte du Talisman, détruite en 1917.

[7] Bloc avec inscription et lion en relief, ap. 1203, Konya, citadelle, marbre, Konya, musée de la masdrasa Ince minare, inv. 5815.

[8] Istanbul, Palais de Topkapi.

[9] Bandeau épigraphié de la façade du complexe de Qalâ'un, Égypte, Le Caire, 1283 – 1285.

[10] Gentile da Fabriano, L’adoration des mages, 1423, huile sur toile, Florence, Gallerie nazionali degli Uffizi.

BIBLIOGRAPHIE DE L'OBJET

Wiet, G., Catalogue général du musée de l’art islamique du Caire, inscriptions historiques sur pierre, Le Caire : Institut Français d’Archéologie Orientale, 1971. n° 110, p. 84, pl. XXIV

Islamic art in Egypt 969 – 1517. [expo Le Caire, 1969]. n° 194 p. 203

Wiet, G., Album du musée arabe du Caire, Le Caire : Institut Français d’Archéologie Orientale, 1930. n° 7

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

Mayer, L.A. ; Ettinghausen, R. (ed.) et Kurz, O. (ed.), Mamluk playing cards, Leyde : E.J. Brill, 1971 (2de ed.)

Rogers, J.M., “Seljuk influence on the monuments of Cairo”. Kunst des Orients, VII, 1, 1972. pp. 40 – 68.

Arabesques et jardins de paradis, [Expo. Paris, musée du Louvre, 1989 – 1990], Paris : Réunion des musées nationaux, 1989.

Konya et le règne des Seldjoukides, [Expo. Amiens, musée de Picardie, 2000] Amiens : musée de Picardie, 1999.

L’étrange et le merveilleux en terres d’Islam, [Expo. Paris, musée du Louvre, 2001], Paris : Réunion des musées nationaux, 2001.



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