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Qantara - Les pratiques funéraires
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Qantara Qantara

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Les pratiques funéraires

A Byzance

Le rituel funéraire

Les populations du nord-est du bassin méditerranéen, intégrées dans l’Empire romain puis byzantin, accordent une grande importance au déroulement des funérailles. Ensevelir les défunts est non seulement une obligation filiale qui incombe à l’héritier mais aussi un devoir religieux de première importance. Les morts privés de sépulture sont en effet supposés condamnés à errer entre les deux mondes, celui des vivants et celui des morts. Le rituel funéraire offre comme ailleurs un moyen pour résoudre le déséquilibre apporté par la mort, déséquilibre social entraîné par la disparition d’un membre de la communauté, déséquilibre religieux entre les mondes d’ici et de l’au-delà. Son importance explique en partie son conservatisme : le rite byzantin se présente comme un assemblage où les traditions issues de l’antiquité païenne demeurent à côté des traditions chrétiennes plus récentes, et cela pour les trois grands moments qui composent les funérailles.

Du dernier soupir à la veillée funèbre

A Byzance la mort n’est pas un phénomène rapide. Mourir est au contraire un processus progressif, commençant par la séparation de l’âme avec le corps et se poursuivant jusqu’au départ de celle-ci du monde des vivants. Les lamentations accompagnent l’ensemble des rites qui préparent le corps. Le dernier soupir constitue le signal du départ du rituel funéraire : les femmes de la maison alertent les voisins par les lamentations qu’elles entament, composés de chants semi-improvisés, entrecoupés de cris et de pleurs. Bien qu’elles soient mal vues par le clergé, ces lamentations continuent à être chantées en Grèce, en Turquie et dans une partie des Balkans jusqu’au XXe siècle Les femmes de la famille lavent le corps à l’eau et au vin et le parfument. Lorsqu’un prêtre est présent, le corps est aspergé d’eau bénite, ce qui est censé le purifier. On enveloppe ensuite le défunt, parfois au-dessus de ses vêtements de tous les jours, d’un linceul de lin qui symbolise également la pureté. Ainsi préparé, le corps est pleuré et veillé pendant les deux jours suivant la mort. Cette période est celle du dernier adieu du défunt ; il est installé tourné vers la porte, visité par ses familiers et on organise un repas en sa présence.

La procession et la mise au tombeau

Des signes du deuil antique et des rites à signification proprement chrétienne se côtoient lors de la procession. Les femmes poursuivent les lamentations qu’elles accompagnent de gestes d’automutilation : les visages et les poitrines sont lacérés, les cheveux défaits et arrachés, les mains tordues et tendues vers le ciel[1]. Eléments nouveaux, les participants portent des cierges et des feuilles de palme, symboles du paradis chrétien. De même la tradition chrétienne attribue à l’encens que l’on brûle le rappel de l’odeur céleste, en espoir de voir le défunt sauvé.

La procession s’arrête ensuite à l’église, où les plus proches parents n’entrent pas : ils s’en tiendront éloignés pendant le temps du deuil. Le service funèbre s’organise autour du chant des psaumes qui citent les miracles de l’Ancien Testament ; les fidèles demandent ainsi pour le défunt que le miracle du Salut soit renouvelé. L’iconographie funéraire reprend ces thèmes et y ajoute les miracles du Nouveau Testament : la résurrection de Lazare côtoie Daniel épargné par les lions[2]. On partage alors une nourriture funéraire faite de céréales et de noix, appelée kollyva et préparée le jour de décès, que l’on partage à nouveau sur la tombe et lors des commémorations.

L’arrivée à la tombe marque le paroxysme des lamentations. Le corps est le plus souvent mis en terre avec des offrandes funéraires. On trouve, comme à la période antique, des objets de parures ayant sans doute appartenu au défunt. On dépose aussi des objets qui ont servi au rituel funéraire, comme des vases miniatures contenant parfums et onguents[3]. On place également dans la tombe des objets du banquet, principal rite de commémoration : des cruches et des vases à vin mais aussi des marmites, des assiettes et des gobelets, peut-être pour permettre au mort de prendre part aux futurs rites de commémorations qui le rappelle d’outre-tombe cycliquement. Des fouilles archéologiques à Thasos ont montré que le défunt pouvait être recouvert d’herbes fraîchement coupées, symbolisant peut-être le cycle de la vie et de la mort. Enfin, des objets qui facilitent le passage dans l’autre monde sont déposés dans la tombe. Les plus fréquents sont des pièces de monnaie, comme l’antique obole offerte à Charon pour payer le passage du défunt. On place aussi le symbole de la croix, supposé éloigner les démons venus se partager l’âme du pécheur lors des heures suivant la mort, moment particulièrement dangereux pour le mort comme pour les vivants. La croix devient rapidement le symbole funéraire le plus fréquent utilisé pour protéger et sanctifier la tombe. Un repas pris sur la tombe clôt l’enterrement, rite maintes fois répété par la suite, servant à orchestrer les rapports entre le mort et les vivants.

Les commémorations

Le trait le plus significatif du rituel byzantin réside dans la lenteur du processus de deuil et des commémorations. Depuis la période antique le calendrier est presque inchangé. Des visites à la tombe, où l’on partage la nourriture funèbre, se tiennent aux neuvième, onzième, trentième ou quarantième jours, puis au bout d’une année[4]. Le jour de la mort devient le jour anniversaire de la commémoration, fêtée chaque année et qui voit se répéter le repas sur la tombe et les lamentations. On peut comprendre ce phénomène comme incarnant la lenteur du processus du « mourir » byzantin. La fréquence et la répétition du deuil peuvent aussi s’expliquer par l’importance qu’elles revêtent pour les femmes, leurs principales actrices. Alors qu’elles sont habituellement privées de la parole publique, ces commémorations leurs permettent de faire entendre leurs voix.

Les rapports omniprésents entre les vivants et les morts

Dans la théorie chrétienne byzantine, les défunts sont supposés conserver un semblant d’activité sous leur nouvelle forme, dans l’attente du Jugement dernier, même si le sommeil symbolise aussi parfois leur état. Dans leur attente, les défunts peuvent recevoir des prières et des dons faits en leur faveur par les vivants. Ils peuvent aussi, surtout s’ils sont doués de sainteté, intercéder pour ces derniers, les inciter à se repentir avant une mort soudaine qu’ils leur annoncent par des apparitions. Ces rapports se codifient dans des rites dominés par l’Eglise, faits de messes ou de prières pour les morts et de demandes d’intercessions que l’on adresse aux saints ou au martyrs, le plus souvent lors de pèlerinage sur leur tombe. On voit donc apparaître une forme d’interdépendance entre les morts et les vivants.

 

Les grandes familles financent ainsi des communautés monastiques chargées de prier pour leur âme et de commémorer dignement leur mémoire en célébrant chaque année l’anniversaire de leur mort.

La richesse du rituel funéraire byzantin, qui conserve des pratiques antiques à côté de nouveaux gestes, répond à l’omniprésence des morts, ordinaires ou saints, dans la sphère des vivants.

H. B.

 

En Islam

Dès l’apparition des signes funéraires, on abaissait les paupières du mort, attachait ses mâchoires par un large bandeau et posait un objet lourd sur son ventre pour l’empêcher de gonfler. Après l’avoir couvert du nombril aux genoux pour cacher les parties intimes, on s’empressait de le laver. Les femmes étaient confiées aux femmes, les hommes aux hommes, tantôt de proches parents, tantôt des laveurs de morts. Le corps était alors aspergé d’eau aromatisée de camphre pilé et frotté avec des feuilles de lotus ou de guimauve en guise de savon. Le nombre de lavages devait être impair : cinq ou sept, si trois ne suffisaient pas. Puis le corps était séché, parfumé et enveloppé de linceuls blancs d’un nombre de préférence impair : au minimum trois, jusqu’à cinq pour les hommes et sept pour les femmes. Enfin, des fumigations et des substances aromatiques comme le camphre avaient coutume de les embaumer.

Après la cérémonie du lavement du corps, le mort était placé sur un brancard. Un signe permettait souvent de distinguer les sexes, un turban pour les hommes, une superstructure bombée ou des ornements de coiffure pour les femmes. Tête en avant, le mort était toujours porté par des hommes, de préférence trois disposés en triangle : le premier chargeait les deux bras avant de la civière sur ses épaules, les deux autres les bras arrière. Mais ils pouvaient être quatre, deux devant et deux derrière pour former rectangle. Ces porteurs étaient tantôt des brancardiers de métier, et tantôt des proches du défunt qui se relevaient successivement le long du chemin. Quant aux enfants en bas âge, ils étaient mis dans une petite civière qu’un homme portait sur la tête ou transportés à bras.

D’un pas rapide, le convoi précédait le brancard à pied, au moins à l’aller. Les cavaliers étaient admis à sa suite. Enfin, les femmes fermaient la marche en poussant des cris perçants, spécialement les pleureuses à gages. Frappant sur des tambourins, elles avançaient vêtements déchirés, cheveux épars couverts de poussière et de boue dont elles se barbouillaient également le visage et la gorge. Puis la prière des morts était célébrée, dans les premiers siècles, sur une esplanade en plein vent au cimetière, tardivement dans une mosquée de la ville. Le brancard enlevé, le cortège funèbre se remettait en marche vers le lieu de sépulture. Sitôt arrivé, le mort était déposé dans une tombe ou dans le caveau familial par des fossoyeurs d’un nombre de préférence impair, d’ordinaire trois. Ils couchaient le cadavre sur le côté droit, le visage tourné vers la direction de La Mecque et le dos soutenu par des briques pour l’assujettir à cette position. Quelques-uns des assistants à portée de la fosse ou du caveau y jetaient alors doucement trois poignées de terre. Puis la tombe était recouverte d’une cloison et remblayée, l’entrée du caveau refermée au moyen de pierres de clôture qui la traversaient d’un côté à l’autre pour empêcher la terre d’y pénétrer et couramment enterrée. Un repas était alors servi par la famille et une bête sacrifiée pour en distribuer la viande aux pauvres. Enfin, les personnes qui formaient le convoi reprenaient le chemin du retour : elles pouvaient alors enfourcher des montures déconseillées à l’aller. Quant aux proches, ils passaient la première nuit après l’inhumation, la nuit de la désolation, auprès du défunt qui était alors visité par deux anges, Munkar et Nakir, susceptibles de le torturer.

Les funérailles se déroulaient d’ordinaire le jour même du décès, s’il avait lieu le matin, le lendemain, s’il arrivait dans l’après-midi, le soir ou la nuit. Les condoléances étaient présentées à la famille avant l’enterrement, puis trois jours après. Enfin, le deuil durait quarante jours et quarante nuits.

Jusqu’au Xe siècle, deux types de sépulture différenciés par l’emplacement de la fosse accueillaient les morts. Dans l’un, elle était creusée dans la paroi latérale face à la Mecque ; dans l’autre, au milieu. Les caveaux funéraires qui durent se répandre au cours des XIe et XIIe siècles finirent par évincer dans maints pays l’inhumation primitive à même le sol. Ces constructions souterraines oblongues et recouvertes d’un toit voûté étaient collectives. Toutefois, une cloison séparait parfois les deux sexes.

La profondeur de la tombe a partagé les rites : les malikites qui préféraient la surface de la terre au fond recommandaient de ne pas dépasser une coudée (soit près de cinquante centimètres), juste pour contenir la puanteur du cadavre et le protéger de la dent des fauves. Mais les chafiites préconisaient de la creuser d’environ deux mètres et demi, alors que les hanbalites la limitaient à près d’un mètre et demi. Quant au caveau, il était généralement profond afin de permettre au mort de se mettre sur son séant lors de la visite des deux anges, Munkar et Nakir.

Les matériaux utilisés pour les maçonneries intérieures et extérieures de la tombe ont également suscité des opinions divergentes. Un seul faisait l’unanimité des juristes : les briques crues. De même, la forme de la sépulture fut source de division : elle devait être bombée comme une bosse de dromadaire pour certains, mais plate pour d’autres. Finalement, la première superstructure fut préférée par l’immense majorité des sunnites pour éviter toute confusion avec les chiites qui avaient adopté la seconde. Enfin, aucun signe ne devait trahir la fortune et le rang des morts. Aussi les sépultures étaient, à l’origine, marquées seulement d’une pierre ou d’un morceau de bois du côté de la tête. Légèrement en saillie, elles étaient dépourvues de décor, même de plâtre ou d’argile. Mais la nudité primitive fut abandonnée : les tombes s’embellirent de marbre et s’élevèrent considérablement au-dessus du sol pour frapper le regard et signaler l’opulence du mort.

Blâmées par le Prophète et les juristes, les inscriptions funéraires furent longtemps tenues pour décoration et prodigalité superflues, sinon vanité posthume. Mais la condamnation ne fut guère suivie : des stèles furent posées sur les tombes, dont la plus ancienne - conservée au Musée islamique du Caire - remonte à 652. Couramment en calcaire, marbre ou grès, elles furent longtemps rectangulaires et carrées. Puis apparurent les colonnes et les piliers quadrangulaires, cylindriques ou octogonaux couronnés parfois de chapiteaux simulés qui se répandirent en Orient comme en Occident, de Kairouan à Tolède. Le plus ancien témoin conservé marque toujours la tombe du soufi Dhul-Nun al-Misri (m. en 860) au cimetière du Caire. Ces pierres verticales semblent toutefois réservées aux hommes, comme le suggèrent quelques spécimens surmontés d’une sculpture représentant un turban à Kairouan. Enfin, les revêtements en forme de lame que l’on a pris coutume d’appeler prismatiques ne connurent une grande vogue qu’en Occident.

Bien que condamnées par le Prophète qui avait défendu de bâtir sur les tombes pour ne pas les convertir en lieux de culte, puis par les juristes qui blâmaient même les modestes édicules de briques ou de pierres qu’ils tenaient pour ornements inutiles et dilapidations de biens sans profit, les constructions funéraires se répandirent dès les premiers siècles de l’islam. Mais la plus ancienne qui ait survécu, la qubba al-Sulaybiyya à Samarra, ne fut élevée qu’en 862 sur la tombe du calife al-Muntasir. Ces mausolées offrent divers plans. Certains forment un édifice carré souvent ouvert aux quatre vents du ciel, comme celui d’Ismail, fondateur de la dynastie des Samanides à Boukhara, érigé entre 913 et 943 ou l’ensemble bâti vers 1010 au cimetière du Caire sur les sépultures de six proches du vizir Ibn al-Maghribi. Enfin, en Iran, les mausolées revêtent parfois la forme d’une tour funéraire de plan étoilé, comme le Gunbad-i-Qabus élevé par un émir obscur de son vivant à Gurgan (1007) ou le tombeau de Ala al-din à Varamin au sud de Téhéran dont la construction fut achevée en 1289, treize ans après sa mort.

Au fil du temps, les monuments funéraires prirent des proportions gigantesques, comme dans l’empire mameluk. Ainsi les tombeaux des sultans sont intégrés dans un complexe comprenant une mosquée et un collège, comme celui du sultan Hasan (1356) et parfois même un hôpital, comme celui de Qalawun (1285). Hors de Méditerranée, le mausolée le plus imposant est assurément le Taj Mahal à Agra (Inde). Dédié par l’empereur mogol Shah Jahan à sa femme Arjumand Bânu Begam, surnommée Mumtaz Mahal, morte en 1631, sa construction prit douze ans. Bien que sa splendeur soit propre à soulever le blâme des rigoristes, nul jurisconsulte n’a jamais osé décréter sa démolition : dans le domaine de l’architecture funéraire, la pratique s’est considérablement éloignée de la théorie.

Y. R.

 

En Europe occidentale

Les catacombes, premières nécropoles chrétiennes

Dans l'Antiquité, les sépultures, situées toujours en dehors des villes, étaient regroupées dans des nécropoles, les tombes individuelles côtoyant les mausolées familiaux. Cependant, avec l'essor du christianisme, à partir du IIIe siècle, de grands cimetières collectifs se développent autour de Rome, et, dans une moindre mesure autour d'autres villes comme Naples ou Syracuse. Ce sont les catacombes, superpositions de niveaux de galeries souterraines dans les parois desquelles sont creusés des emplacements pour les corps, cavité appelée loculus. Certaines sépultures plus importantes sont surmontées d'un arc, l'arcosolium, afin de les mettre en valeur. Enfin, on trouve aussi des regroupements de sépultures dans des chambres funéraires (cubiculum). Le corps, sans bijoux ni parure, serré dans un linceul, avec des aromates, était placé dans la cavité fermée par une dalle scellée.

Les emplacements des tombes étaient repérés par des signes : par exemple le poisson, au sens crypté, chaque lettre du nom poisson, ΙΧΘΥΣ en grec, étant l'acrostiche de Jésus-Christ fils de Dieu sauveur. Des dessins ou des peintures, se fondant sur les Écritures saintes, élaborent la première iconographie chrétienne, un répertoire d'images évoquant surtout la résurrection et la vie éternelle. Jonas (en hébreu Yôna, en arabe Yunus), ressorti vivant du ventre de la baleine après trois jours, préfigure ainsi le Christ ressuscité après trois jours passé dans le tombeau. Il en va de même de Daniel sorti en vie de la fosse aux lions, ou des trois jeunes hébreux échappant à la fournaise à Babylone. Plus explicite encore, la résurrection de Lazare est souvent représentée.

Les sépultures dans les cimetières et dans les églises

Durant le haut Moyen Age, les lieux d'inhumation se déplacent au cœur des cités. Le cimetière (étymologiquement le lieu où l'on dort, en attente de la résurrection) traduit une nouvelle relation entre les vivants et les morts, qui étaient dans l'Antiquité tenus à l'écart des cités, essentiellement par crainte des revenants et fantômes. Au contraire, le cimetière chrétien est un lieu religieux, sacré, qui réunit la communauté en attente de la vie éternelle. En sont donc exclus - ainsi que du salut - les païens, les hérétiques, les suicidés, les enfants non baptisées, les excommuniés et les juifs (qui possèdent leurs propres cimetières). Il est considéré comme un lieu d'asile et de refuge, c'est une terre consacrée par l'évêque (le rite est mentionné pour la première fois au Xe siècle).

Dans les cimetières, il peut aussi y avoir des habitations, et des reclusoirs, cellules dans lesquelles des femmes, après une messe des morts les coupant symboliquement du monde des vivants, se font murer tout le reste de leur existence pour prier - elles sont nourries par un guichet. Ce sont des lieux de vie où on prêche, on se réunit, on rend la justice, on scelle des transactions ou on organise des réjouissances. Espaces identitaires des communautés paroissiales auxquelles ils se rattachent et dont ils jouxtent les églises, ils en traduisent la cohérence et la continuité. Dans certains cimetières du centre-ouest de la France, des lanternes des morts, tours ajourées où un feu reste allumé durant la nuit,  revêtent une dimension symbolique. Le cimetière étant cantonné dans un espace restreint, particulièrement en ville, on relève souvent les sépultures, plaçant les restes dans des ossuaires. Cet entassement, avec la proximité des habitations, est souvent une cause d'insalubrité. A Paris, le cimetière des Innocents (actuel quartier des Halles), remontant à l'époque mérovingienne, a été fermé et déplacé à la fin du XVIIIe siècle, car il était devenu un épouvantable cloaque, mal famé de surcroît.

Les monastères ont leur propre cimetière, mais ils accueillent aussi les laïcs, surtout des membres de familles de l'aristocratie, qui multiplient d'ailleurs les legs à cet effet. Les couvents des ordres mendiants attirent de nombreuses sépultures à la fin du Moyen Age. Enfin, depuis la fin de l'Antiquité, on enterre dans les églises. Si cette dernière pratique concernait le clergé à l'origine (saint Ambroise, évêque de Milan, est enterré en 397 dans la basilique qu'il avait fondée), on inhume ensuite les grands personnages et l'aristocratie dans les sanctuaires, surtout à proximité des tombeaux des martyrs et des saints (ad sanctos) pour bénéficier de leur présence sanctifiante. Par la suite, l'aristocratie se fait couramment inhumer dans les églises. A la fin du Moyen Age, la bourgeoisie y élit aussi sépulture, fondant à grands frais des chapelles funéraires. Parmi d'innombrables exemples, on peut relever la chapelle funéraire de Joost Vijdt dans l'église Saint-Jean de Gand (devenue cathédrale Saint-Bavon), pour laquelle il fit exécuter le retable de l'Agneau mystique par Hubert et Jan van Eyck.

 Pratiques funéraires et commémoration des défunts

Dès l'Antiquité tardive, l'Église assiste les défunts, recommande l'âme à Dieu, aide à préparer la dépouille, organise une veillée funèbre et prie devant le tombeau. A l'époque du pape Grégoire le Grand (p. 590-604), on recommande les âmes des défunts (Memento des morts) à l'issue de la messe. A partir de l'époque carolingienne se met en place une véritable commémoration des morts, avec un office spécifique avant la mise en terre, la messe des défunts (dite de Requiem) et des messes privées - pour le repos de l'âme - consignées dans des recueils, les « Livres de vie » ou « Livres mémoriaux », à l'origine des obituaires. Des célébrations sont en effet prévues chaque année le jour anniversaire de la mort. Vers 1030, saint Odilon, abbé de Cluny, instaure la fête des morts le lendemain de la fête de Toussaint, le 2 novembre. Les messes anniversaires perpétuelles se développent, perpétuant en même temps le souvenir des lignages seigneuriaux. Cependant, des usages issus du paganisme coexistent longtemps avec le rituel chrétien, tels les repas sur la tombe des défunts.

Avec le développement des ordres mendiants et le renouveau pastoral au XIIIe siècle se développent de nouvelles conceptions : on insiste sur le salut individuel, la nécessité de la préparation spirituelle à l'Au-delà par la prière. De surcroît, jusqu'au XIIe siècle, on considérait que le défunt après sa mort allait, soit au Paradis, soit en Enfer, mais l'apparition de la notion de Purgatoire, espace d'attente et de pénitence avant d'entrer en Paradis, offre de nouvelles possibilités de rachat. Ainsi, la prière des vivants rachète les défunts, ce qui se traduira un peu plus tard par la naissance de confréries des âmes du Purgatoire. Surtout, cela explique le souci de rappeler la mémoire des défunts pour solliciter les suffrages des fidèles. La mort est mise en scène sous la forme d'imposants gisants, de grandes pompes funèbres exaltent le défunt, on porte en procession le corps des grands personnages ; exaltant à cette occasion une véritable continuité dynastique. La surmortalité produite au XIVe siècle par la peste noire, jointe aux famines récurrentes et aux guerres, travaillent les consciences. Les références à la mort se multiplient, rappelant que le chrétien doit toujours être prêt : les danses macabres, les « transis » - gisants décharnés au réalisme macabre - constituent un message délivré aux vivants. Des recueils sur « l'art de bien mourir » assure la préparation spirituelle à cette épreuve, passage vers une nouvelle vie pour le chrétien, car, comme l'avait dit saint François, « c'est en mourant qu'on ressuscite à l'éternelle vie ».

Th. S.

Bibliographie

Islam

« Structure de la tombe d’après le droit musulman », Arabica, 39, 1992-1993, p. 393-403

« Les pierres de souvenir : stèles du Caire de la conquête arabe à la chute des Fatimides », Annales islamologiques, 35, 2001, p. 321-383

Europe occidentale

Alexandre-Bidon D. (éd.), A réveiller les morts. La mort au quotidien dans l'Occident médiéval, Lyon, P.U.L., 1993

Ariès Ph., L'homme devant la mort, Paris, 1977

VAUCHEZ, A., Dictionnaire encyclopédique du Moyen Age, Paris, éditions du Cerf, 1997, t. 1, p. 331-332

Duval N. (éd.), Naissance des Arts chrétiens (Atlas des monuments paléochrétiens de la France), Paris 1991

Fiocchi Nicolai F. N., Bisconti F., Mazzoleni D., Les catacombes chrétiennes de Rome : origine, développement, décor, inscriptions, Turnhout, 2000

Grabar A., Le premier art chrétien, Paris, Univers des formes, 1966

Fixot M., Zadora-Rio E. (éd.), L'église, le terroir, Paris, CNRS, 1989

Le Goff J., La naissance du purgatoire, Paris, 1981

Schmitt J.-Cl., Les Revenants, les Vivants et les Morts dans la société médiévale, Paris, Gallimard, 1994

Treffort C, Christianisme, rites funéraires et pratiques commémoratives à l'époque carolingienne, Lyon, P.U.L., 1996

Zadora-Rio E., « Les cimetières habités en Anjou aux XIe et XIIe siècles », 105e congrès nat. des sociétés savantes, Caen, 1980, p. 319-329

NOTE


[1] Enluminure du manuscrit de Vienne, Nationalbibliothek, Theol ; gr. 31, Fol ; 24 v la mort et l’enterrement de Jacob.( droit : publié par H. Mac GUIRE «  Sorrow in Middle Byzantine Art ». Dumbarton Oaks Paper, XXXI, 1977, ill. 54.

[2] Offrandes et objets funéraires : vases funéraires à eau et à onguents déposés dans les tombes paléochrétiennes du cimetière Vourvachi à Athènes. Musée byzantin d’Athènes (D. Konstantios, The World of the Byzantine Museum Athènes, 2004).

[3] Paroi peinte de la tombe n°15 de Thessalonique, IVe - Ve siècle : Daniel dans la fosse aux lions, paroi ouest. E. MARKE Η νεκροπολη της Θεσσαλονικης στους υστερρορομακους κα παλαοιχριστιανικος χρονους Athènes, 2006.

[4] Une scène de rituel funéraire à la tombe, Thessalonique tombe 52. E. MARKE Η νεκροπολη της Θεσσαλονικης στους υστερρορομακους κα παλαοιχριστιανικος χρονους Athènes, 2006.



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